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Ecriture inclusive…pour ? contre ?

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Depuis plusieurs semaines, l’écriture inclusive fait débat. Pétition. Contre-pétition.

Mais l’écriture inclusive c’est quoi ?

L’écriture inclusive dont l’objectif est de combattre le sexisme en remaniant l’orthographe, repose sur trois grands principes :

  • Accorder les grades/fonctions/métiers/titres en fonction du genre. Ex : une maire, une pompière
  • Au pluriel, le masculin ne l’emporte plus sur le féminin mais inclut les deux sexes grâce à l’utilisation du point médian. Ex : on écrira ainsi « les électeur·rice·s », « les citoyen·ne·s » ou bien « les maçonnes et les maçons ». 
  • Eviter d’employer les mots « homme » et « femme » et préférez les termes plus universels comme « les droits humains » (au lieu des « droits de l’homme »).

Enfin, pourquoi le « point milieu » a-t-il été préféré à la parenthèse, au point ou au tiret ? La parenthèse a été exclue car cela revient à mettre le féminin entre parenthèses. Le point final et le tiret ont déjà une vocation dans l’écriture, c’est ainsi que le « point milieu » est né. A

Alors que dans son rapport de 2015, le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCEFH)[1] défend l’écriture inclusive en soulignant que «la langue reflète la société et sa façon de penser le monde» et a même publié un guide « pour une communication publique sans stéréotype de sexe » qui préconise par exemple d’accorder les noms de métiers, titres, grades avec le sexe des personnes qui les occupent ainsi, par exemple, on pourra écrire « Madame la Ministre ».

Le Premier ministre Edouard Philippe quant à lui, a donné comme consigne à ses ministres via une circulaire de bannir des textes officiels l’écriture « inclusive ».

« Je vous invite, en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel de la République française, à ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive. Outre le respect du formalisme propre aux actes de nature juridique, les administrations relevant de l’État doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons d’intelligibilité et de clarté de la norme. » Édouard Philippe

L’Académie Française a également réagit dans sa déclaration adoptée à l’unanimité de ses membres lors de sa séance du 26 octobre dernier.

 « Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

 Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

 Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète. »

Pourtant dans l’édition, Hatier a pris l’initiative de publier un manuel scolaire destiné aux classes de CE2 en employant cette nouvelle méthode qui consiste à féminiser les mots en plaçant, entre des points-milieu, la terminaison du féminin. Ainsi dans cet ouvrage, les différents métiers que peuvent exercer les hommes et les femmes sont ainsi orthographiés : « moniteur·rice·s », artisan·e·s », « commerçant·e·s ».

 L’idée est de faire en sorte que le masculin ne l’emporte plus sur le féminin au pluriel, mais que les deux sexes soient mis sur le même pied d’égalité. Afin de mettre un terme à la hiérarchisation des sexes.

Hatier s’explique de la manière suivante : « Les manuels scolaires sont le reflet de la société et de ses évolutions. Ils cristallisent donc inévitablement les grands débats de société. Les auteurs et les éditeurs des éditions Hatier sont à l’écoute de ces débats lorsqu’ils rédigent un manuel, en toute responsabilité et en exerçant leur liberté éditoriale, dans le strict respect des programmes de l’Education Nationale et des valeurs de la République« .

Pour le moment, le ministère de l’Education n’a pas tranché, et s’en remet à la responsabilité des éditeurs « c’est la liberté des éditeurs qui prévaut ».

Pour / Contre

Eliane Viennot, professeur de littérature à l’université et auteure de l’ouvrage Non le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, prône l’abandon de la règle qui veut que le masculin l’emporte sur le féminin.

Elle défend son importance, en arguant que « le langage structure notre pensée. Expliquer aux enfants que ‘ le masculin l’emporte sur le féminin’ ne peut guère contribuer à forger des consciences égalitaristes » ».

A l’opposé, Emmanuelle Fontenit, professeur de lettres au lycée Saint-Louis-de-Gonzague à Paris, a créé le 10 novembre une contre-pétition (www.change.org) destinée au ministre de l’Éducation.  Emmanuelle Fontenit « espère qu’elle permettra de contrer les Trissotin des temps modernes ».

Selon Raphael Enthoven, professeur de philosophie, affirme le 26 septembre dernier sur Europe 1 que : « l’écriture inclusive est une agression de la syntaxe par l’égalitarisme », « l’écriture inclusive est une réécriture qui appauvrit le langage comme le novlangue dans ‘1984‘ », « que le but soit de contrôler les gens comme dans 1984 ou d’extirper à la racine d’un mot toute trace d’inégalité comme dans l’écriture inclusive, dans les deux cas, partant du principe qu’on pense comme on parle, c’est le cerveau qu’on vous lave quand on vous purge la langue »,  « l’écriture inclusive est un attentat à la mémoire », « « l’écriture inclusive est un négationnisme vertueux »…

Par ailleurs, la politique s’en mêle. Plusieurs députés Les Républicains ont récemment adressé une lettre au ministre de l’Education pour lui demander l’interdiction de l’écriture inclusive dans les manuels scolaires. Selon Julien Aubert, député du Vaucluse : « La dénaturation de la langue française est accompagnée d’une politisation du langage comparable à ce que George Orwell avait prédit avec sa fameuse ‘novlangue’, utilisée par un État totalitaire pour empêcher toute pensée subversive » et rajoute que « l’écriture inclusive prend en otage les écoliers pour transformer notre langue à des fins idéologiques ».

Et ailleurs ?

Si en France l’écriture inclusive fait polémique, il semble que la promotion d’un langage incluant les femmes est une préoccupation de tous les pays occidentaux depuis une trentaine d’années.

En Angleterre, ce travail est aussi en cours mais fait moins polémique. Désormais en anglais, par exemple, on ne dit plus «chairman» mais «chairperson».

En Belgique ou au Québec notamment, où la question se pose depuis près de 40 ans, l’usage de l’écriture inclusive est aussi beaucoup plus répandu, même si des débats subsistent. Ainsi, les Québécois ont renoncé aux « droits de l’homme » pour les « droits de la personne ». 

Et quelques chiffres pour conclure

Selon un récent sondage Ifop, plus de 2 sondés sur 3 (69 %) soutiennent cette interdiction d’utiliser l’écriture inclusive dans les textes officiels. Près de 2 Français sur 5 (39 %) soutiennent même fortement cette interdiction et sont « tout à fait d’accord » avec la décision d’Édouard Philippe. À l’inverse, seuls 12 % des Français ne sont « pas d’accord du tout ».

Mais est-ce un résultat lié à :

  • L’âge ?

Les plus jeunes se montrent un peu moins critiques puisque 57 % « seulement » des 18-24 ans sont d’accord avec la décision d’Édouard Philippe, contre 83 % des 65 ans et plus.

  • L’éducation ?

Enfin, peu importe le niveau d’éducation, les sondés se prononcent largement en faveur de l’interdiction de l’écriture inclusive dans l’administration, avec un pourcentage croissant selon l’éducation : 59 % des Français sans diplôme soutiennent l’interdiction, contre 80 % des diplômés du 2e et 3e cycle supérieur.

  • Le milieu urbain / rural ?

De manière peut-être inattendue, ce sont les citadins qui s’opposent le plus à l’écriture inclusive, alors que les ruraux y sont légèrement plus favorables (34 % contre 30 % pour les villes et 27 % pour l’agglomération parisienne).

  • La proximité politique ?

Les sympathisants du Front National y sont les moins favorables. Même si une majorité franche de 57 % soutient la décision, c’est le taux le plus bas, avec 63 % au PS ou 64 % à la France Insoumise (contre 85 % chez LREM ou 79 % aux Républicains).

Consultation

 

Et vous qu’en pensez-vous ?

 

Note

[1] Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes est créé par décret du président de la République François Hollande, du Premier ministre Jean-Marc Ayrault le 3 janvier 2013. Il a été inscrit dans la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté du 27 janvier 2017 qui lui confie une nouvelle mission : un rapport annuel sur l’état du sexisme en France. Selon le décret de création du Haut Conseil, ce dernier « a pour mission d’assurer la concertation avec la société civile et d’animer le débat public sur les grandes orientations de la politique des droits des femmes et de l’égalité  ».

1 réflexion au sujet de “Ecriture inclusive…pour ? contre ?”

  1. Moi je pensais que le masculin signifiait le genre neutre. Mais là j’ai réalisé que non. Si la langue de convient plus pour véhiculer les choses, alors faut changer la langue. Personnellement, je préfère ‘auteure’ à ‘autrice’. Parce que ‘autrice’ ça fait triste.

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