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Tout ce qu’il faut savoir – La crise vénézuélienne (Partie 2/3)

« La meilleure façon de combattre la pauvreté, c’est de donner du pouvoir aux pauvres », affirmait l’ancien Président (de 1999 à 2013), Hugo Chavez.

Aujourd’hui, ce slogan sonne comme une mauvaise rime tant le nombre de pauvres est élevé dans le pays et la situation, de jour en jour plus dramatique. Une enquête des trois meilleures universités publiques et privées de Caracas estime en ce sens que la pauvreté touche 82 % des foyers vénézuéliens. C’est un chiffre affolant.

Mais comment le pays a-t-il bien pu en arriver là ? Après avoir abordé la semaine dernière, les différentes crises qui rongent le pays, c’est la question à laquelle nous nous efforcerons de répondre à travers cette deuxième partie de notre chronique sur la situation au Venezuela.

L’Histoire du déclin vénézuélien

En une quinzaine d’années, le Venezuela est passé du statut de pays le plus riche d’Amérique latine à celui d’un des plus pauvres et instables de la région, tant sur le plan politique qu’économique. Pour savoir avec exactitude ce qu‘il s’est passé et où se situe le moment de bascule de l’histoire vénézuélienne, il est important de revenir sur des faits historiques quelques peu éloignés de notre époque.

En effet, il s’agit tout d’abord de nous positionner en 1808, date à laquelle l’histoire du Venezuela commença à basculer.

A cette époque, un conflit éclata entre Napoléon 1er, Empereur des Français et Charles IV d’Espagne. Il s’agit de la célèbre guerre d’indépendance espagnole. En effet, Madrid se souleva contre l’armée française stationnée dans la capitale espagnole et l’insurrection finit par se généraliser à tout le pays après l’abdication du roi.

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Huile sur Toile, « Napoléon 1er recevant la capitulation de Madrid le 4 décembre 1808 », Antoine-Jean Gros(1810).

Mais alors quelle conséquence pour le Venezuela ? 

Cet événement provoqua des soulèvements populaires depuis l’Espagne jusqu’en Amérique latine et particulièrement au Venezuela. En effet, des juntes régionales se formèrent pour lutter contre l’envahisseur français et des mouvements indépendantistes en profitèrent également pour se constituer. Ainsi, dès 1811, sous l’impulsion de Francisco de Miranda et d’une autre figure encore plus emblématique du pays : Simón Bolívar, une Constitution est votée. Toutefois, l’’indépendance du pays ne devient formelle qu’à partir du 24 juin 1821.

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Huile sur Toile, “Boceto para la Firma del Acta de Independencia”, Martin Tovar y Tovar (1876-1877).

Par la suite, le XXème siècle vénézuélien sera marqué par une succession de régimes autoritaires et militaires qui développèrent massivement l’économie pétrolière. Cependant, alors que le Venezuela possède les premières réserves de pétrole prouvées, selon l’OPEP, ce dernier n’a pas réussi à mettre en place un modèle économique soutenable.

La genèse d’un tel échec remonte au mandat d’Hugo Chavez, arrivé au pouvoir en 1999 après une tentative préalable de coup d’Etat. Son action s’est inscrite dans le sillon de l’héritage révolutionnaire de Simon Bolivar. L’idée est donc de poursuivre « la révolution socialiste » afin de s’extraire au maximum du développement capitaliste mondial ainsi que du joug américain.

Pour ce faire, Chavez développa notamment un « programme pour la patrie 2013-2019 » que son protégé Nicolas Maduro poursuit actuellement. Ce programme est d’ailleurs entièrement consultable en ligne sur le site du gouvernement vénézuélien via le lien suivant :  http://gobiernoenlinea.gob.ve/home/archivos/PLAN-DE-LA-PATRIA-2013-2019.pdf

Ce dernier consiste à développer des mesures résolument anti-libérales, à l’image du vaste plan de nationalisation des entreprises, de la politisation de la justice ou encore d’autres mesures telles qu’une consécration de la rente pétrolière en tant que première source de revenus du système vénézuélien (c’est-à-dire 96% des exportations du pays).

De même, Chavez décida l’extraction du Venezuela du système de change mondial. Cette dernière mesure, moins connue, a également été catastrophique pour l’économie du pays. Elle a en effet réduit sa capacité d’importation, en se focalisant sur un système calqué sur les cours du pétrole (les exportations diminuant, elles n’apportent plus les devises nécessaires au financement des importations), en particulier en ce qui concerne les produits de consommation (causant de nombreuses pénuries) et, a favorisé dans le même temps, une dépréciation du cours de la monnaie nationale, entraînant une hausse du prix de ces importations. Le cercle vicieux est donc entamé.

Le problème lorsqu’une économie dépend exclusivement d’un secteur, tel que le pétrole, c’est qu’elle devient sensible à ses fluctuations. C’est ce qui est à l’origine du déclin vénézuélien. Alors que le baril de pétrole s’élevait à 82 dollars en 2014, il s’est en effet écroulé, jusqu’à 39 dollars en 2015, mettant à terre le système de financement vénézuélien. Ce phénomène a même fait chuter le PIB du pays de plus de 8% et apporta toutes les conséquences néfastes, en termes d’inflation et d’accroissement de la pauvreté, que nous évoquions la semaine passée dans la première partie de notre chronique.

Cela dit, cette manne pétrolière a été utilisée par Chavez dans le cadre de sa politique sociale qui a bien permis de réduire le taux de pauvreté, de 43 % en 1999 à 30 % en 2013 ainsi que d‘accomplir des progrès importants du point de vue de l’accès à l‘éducation. Pour autant, les récents chiffres nous montrent que cette réduction n’était que passagère et constituait un véritable mirage. En effet, tout s’écroula avec la chute du cours du pétrole.

Plus grave encore, cette obsession pétrolière et antilibérale a causé la disparition de l’industrie locale, ce qui explique aujourd’hui la quasi-inexistence d’une offre productive intérieure de produits de base. Le pays est donc condamné à devoir importer massivement, avec toutes les difficultés que nous venons d’aborder à ce propos…

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Discours d’Hugo CHAVEZ en 2010, avec un portrait de Simon BOLIVAR en arrière-plan.

Auteur : Karel FUENTES (autorisé pour le domaine public).

Nous le voyons donc bien, l’histoire du Venezuela a été marquée par un déclin économique et politique fort, acté dès les années 1990 et l’accession au pouvoir du Comandante Hugo Chavez. Celui-ci semble se poursuivre aujourd’hui puisque tous les signaux économiques demeurent dans le rouge. D’ailleurs, Nicolas Maduro ne semble pas prêt à lâcher les rênes de l’Etat : il a annoncé récemment sa candidature aux élections présidentielles, dont la date vient d’être mystérieusement avancée de plusieurs mois (désormais prévue avant le 30 avril 2018, initialement fin 2018). Nicolas Maduro semble avoir hâte d’être réélu avant même la tenue du scrutin, maintenant qu’il est sûr d’avoir muselé l’opposition.

Toujours est-il que la situation du pays est suffisamment grave pour être, une fois de plus, soulignée. La Colombie voisine reçoit d’ailleurs, chaque mois, des dizaines de milliers de réfugiés, une situation qui risque donc fort de tourner rapidement à la crise humanitaire. Voici d’ailleurs la teneur des recommandations publiées le 16 janvier dernier sur le site de l’ambassade de France à Caracas : « Des manifestations, au cours desquelles plusieurs personnes ont été tuées, se déroulent à travers le pays. Les pénuries atteignent un niveau critique. Il est recommandé, sauf motif urgent, de reporter les voyages vers le Venezuela ».

Dans un tel contexte, nous sommes en droit de nous questionner plus globalement sur la réaction de la Communauté Internationale face à cette situation. Il s’avère que celle-ci n’est pas, comme nous le verrons, unanime, entre soutiens fidèles et observateurs critiques du régime. Ainsi, dès la semaine prochaine nous vous proposerons de découvrir la troisième partie de notre chronique, qui s’intitulera : « Le Venezuela face à la Communauté Internationale ».

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