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Tout ce qu’il faut savoir – La crise vénézuélienne (Partie 3/3)

Le Venezuela face à la communauté internationale – 3ème et dernière partie de notre chronique consacrée à la crise vénézuélienne.

La Procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a annoncé début février avoir ouvert un examen préliminaire sur des crimes présumés commis au Venezuela, pays parti au Statut de Rome et que la Procureure suit attentivement depuis 2016. Selon elle :

« Les forces de l’ordre de cet État auraient fréquemment eu recours à la force de manière excessive pour disperser des manifestants ou réprimer des manifestations et auraient arrêté et détenu des milliers d’opposants véritables ou perçus comme tels, dont un certain nombre auraient subi de graves sévices et mauvais traitements pendant leur détention ».

Fin août 2017, l’ONU avait déjà dénoncé un usage excessif de la force par les autorités vénézuéliennes. Des actions qui ont donné l’impression que « ce qu’il reste de la vie démocratique au Venezuela est en train d’être écrasé », avait alors déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein. L’UNICEF appelle également « à la mise en œuvre rapide d’une réponse à la malnutrition », coordonnée entre le gouvernement et ses partenaires.

Ainsi, une timide réponse Internationale semble être impulsée face à la crise vénézuélienne. D’ailleurs, de nombreux chefs d’Etat dont Emmanuel Macron comme nous l’avions relevé dans notre dernier article, mettent également l’accent sur une sortie de crise rapide et, appellent de leurs vœux un renouvellement démocratique pour le pays.

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De gauche à droite : Eulogio Del Pino, ex-ministre du Pétrole et Président de la compagnie pétrolière nationale PDVSA (actuellement incarcéré pour corruption) ; Nicolas Maduro, Président de la République Bolivarienne du Venezuela ; Narendra Kumar Verma, Indian Oil and Gas Corporation. Source : Voice of America. Domaine Public.

Pour autant, le Venezuela dispose toujours de soutiens de poids au sein de la communauté internationale, et, bien qu’il tende à s’isoler quelque peu en Amérique Latine, plusieurs puissances cherchent encore à maintenir Nicolas Maduro au pouvoir. Dès lors, une sortie de crise, impulsée par les membres de la communauté internationale semble être compromise…

L’arrestation, fin juillet 2017, de deux chefs de l’opposition au Venezuela, a marqué le départ d’une vague d’indignation de la communauté internationale. Il s’agit de Leopoldo Lopez, fondateur du parti Voluntad Popular (Volonté populaire, droite) et du maire de Caracas, Antonio Ledezma. Rapidement, l’Union européenne a condamné ces arrestations qui eurent lieu quelques jours avant la décision de Nicolas Maduro de dissoudre l’Assemblée Nationale et a parlé d’un « pas dans la mauvaise direction » tout en réitérant son appel à une « solution pacifique et négociée ».

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Affrontements dans le quartier de Bello Monte, Caracas, Venezuela. Source : Carlos Diaz (libre de droit).

Selon Donald Trump, cette arrestation est une « nouvelle preuve de l’autoritarisme du régime » du chef de l’Etat vénézuélien. Qualifiant les dernières élections d’« illégitimes » et  Nicolas Maduro de « dictateur », Washington a annoncé de nouvelles sanctions avec le « gel de tous les avoirs » que posséderait le président vénézuélien aux Etats-Unis, une mesure extrêmement rare contre un chef d’Etat en exercice. Nicolas Maduro est ainsi le quatrième chef d’Etat actuellement en mandat à être sanctionné par Washington, rejoignant les présidents syrien Bachar al-Assad, nord-coréen Kim Jong-Un et zimbabwéen Robert Mugabe.

A l’inverse, la Russie, Cuba, le Nicaragua, la Bolivie et le Salvador ont apporté leur soutien à Nicolas Maduro. La Havane a d’ailleurs dénoncé une « opération internationale » dirigée par Washington pour ne pas reconnaître « la volonté » du peuple vénézuélien.

Comme nous le voyons, deux blocs semblent se former entre d’un côté les soutiens historiques et indéfectibles du régime et de l’autre ceux qui condamnent l’action de Nicolas Maduro.

Parmi les soutiens de Caracas, la Russie possède l’influence la plus importante. Vladimir Poutine répète ici le même scénario qu’en Syrie : à savoir qu’au plus haut de la crise, Moscou est devenu l’interlocuteur de dernier recours pour un Venezuela en pleine banqueroute.

A première vue, il peut paraître étrange d’envisager que la Russie intervienne dans un pays si éloigné de ses frontières et qui donne l’impression de se précipiter vers le chaos économique. Pourtant, les liens d’amitié entre la Russie et le Venezuela remontent bien loin dans l’Histoire, au premier voyage du défunt Président Hugo Chavez à Moscou, en mai 2001. Il y retournera dix fois, avant son décès en 2013. A cette période, le Venezuela est devenu un des plus fidèles clients mondiaux de l’industrie de l’armement russe. Entre 2001 et 2011, le pays acheta des armes russes pour un montant de   11.000 millions de dollars…

A mesure que s’empirait sa situation économique, l’achat d’armes a diminué et les échanges commerciaux évoluèrent vers le secteur de l’énergie. Au départ, les contrats étaient pour la plupart garantis par les ventes de pétrole vénézuélien. Cependant, les échanges ont commencé à se compliquer quand les russes exigèrent davantage d’actifs matériels en garantie. Caracas accepta la demande et délivra ainsi des actions des compagnies pétrolières nationales aux principales entreprises russes, tout comme le droit d’exploiter divers gisements entiers au Venezuela.

Bien que la relation entre les deux pays ait été essentiellement économique, la politique, nationale, comme internationale n’a jamais été très éloignée. En ce sens, la décision du gouvernement vénézuélien de neutraliser l’Assemblée Nationale démocratiquement élue, est intrinsèquement liée à la volonté d’obtenir un emprunt russe supplémentaire.

En effet, l’Assemblée Nationale était le seul organe de pouvoir que Nicolas Maduro ne contrôlait pas puisque l’opposition avait, lors des dernières élections législatives, obtenu la majorité. Or, la loi prévoit que tous les crédits internationaux et toutes les ventes d’actifs nationaux doivent être soumis à l’approbation de l’Assemblée Nationale… Les leaders de l’opposition étant en désaccord avec les contrats russes, il était plus simple d’obtenir la suppression de l’Assemblée.

Le gouvernement de Nicolas Maduro évite donc la censure de l’opposition et a fait en sorte que le Tribunal Suprême, organe contrôlé par le Président, se substitue à elle. Cette nécessité d’obtenir des crédits de la part du gouvernement russe s’est accentuée depuis les sanctions américaines citées ci-dessus. Au total, les prêts consentis par la Russie au Venezuela dans les dernières années s’élèvent à plus de 5.000 millions de dollars. Une bonne façon pour la Russie d’exercer son influence derrière les pas américains et de garantir des rentrées d’argent abondantes. Avec un tel soutien, il est clair que le régime vénézuélien a encore de beaux jours devant lui. 

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Vladimir Poutine et Nicolas Maduro. Source : Kremlin (libre de Droit).

D’ailleurs, l’Eglise catholique vénézuélienne a récemment déclaré qu’ »Il ne s’agissait plus d’un conflit idéologique entre la droite et la gauche« , mais d' »une lutte entre un gouvernement devenu une dictature et tout un peuple qui réclame la liberté, à armes inégales« .

Reste à savoir si la communauté Internationale et au premier rang de laquelle, la France, saura appuyer la transition démocratique dans un pays dominé par l’idéologie bolivarienne. Mais même en France les positions divergent puisqu’une partie de l’opposition, à l’image de Jean-Luc Mélenchon aime à rappeler que le Venezuela est une véritable « source d’inspiration » …

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Les ministres des Affaires étrangères et représentants de douze pays américains se sont réunis à Lima (Pérou), pour évoquer la situation au Venezuela. Source : Ministère des Affaires étrangères du Pérou.

Pour envisager une sortie de crise dans l’avenir, gageons que l’isolement toujours plus grand du pays en Amérique Latine apporte un renouvellement. Cette vision est d’ailleurs portée par les responsables du MERCOSUR, ainsi que 12 Etats américains parmi les plus importants, tels que : l’Argentine, le Brésil ou encore le Canada. Réussiront-ils à établir une transition viable pour le pays ? Rien n’est moins sûr puisque malgré le rejet massif des vénézuéliens (70% d’entre eux souhaitent son départ), Nicolas Maduro bénéficie d’un fort soutien institutionnel dont celui de l’armée. Il parie d’ailleurs sur un renforcement militaire dans les prochains mois…  

Notre chronique consacrée à la situation au Venezuela touche maintenant à sa fin. Nous vous remercions pour votre lecture et espérons avoir pu vous livrer une vue d’ensemble de tout ce qui se passe au pays de Simon Bolivar. C’est désormais avec un œil averti que nous suivrons, dans les prochaines semaines, les évolutions dans le pays et, le cas échéant, nous ne manquerons pas de faire un nouveau point actualisé sur la conjoncture vénézuélienne.

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