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Tout ce qu’il faut savoir – Le G5 Sahel (G5S)

G5S

A la suite des récentes attaques à Ouagadougou (Burkina Fasso), les commentateurs ont cité à de nombreuses reprises le G5 Sahel pour expliquer que ces attaques avaient – vraisemblablement pour cible la France et son implication dans la lutte contre le terrorisme.

 

 

Mais le G5 Sahel qu’est-ce que c’est exactement ?

Nous allons tenter de l’expliquer de manière simple, pédagogique et non partisane, dans cette courte publication.

Le G5 Sahel c’est quoi ?

En fait, tout est dit ou presque dans le logo, 5 pays, 2 axes : Sécurité et Développement.

Le G5 Sahel ou encore appelé G5S est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité regroupant cinq pays du Sahel :

–       Le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

Ce groupe, dont le siège est en Mauritanie, a été créé le 16 Février 2014 à Nouakchott en République Islamique de Mauritanie.

Le G5 S s’est doté d’une Convention le 19 Décembre 2014, aux termes de laquelle le poste de secrétaire permanent est confié au Niger. C’est à Niamey le 6 février dernier, lors du sommet du G5 Sahel, que le Président nigérien Mahamadou Issouffou a été nommé à la tête du G5 Sahel. Il succède à Ibrahim Boubacar Keïta.

Le G5 Sahel pourquoi ?

Les pays concernés ont décidé de mettre en place une force militaire commune pour lutter contre les nombreux groupes djihadistes qui menacent la région. En effet, depuis 2012, ce territoire, riche en ressources minières et énergétiques, est directement menacé par les différentes organisations djihadistes de la région (Ansar Dine, Al-Qaida au Maghreb islamique, Boko Haram, etc.)

« Face à la montée de l’extrémisme, il faut la mutualisation des efforts pour relever les défis. Nous devons aller plus loin pour réaliser le Sahel de la défense », Ibrahim Boukacar Keïta, ex-président du G5S.

Quel est l’objet de cette organisation ?

  • Garantir des conditions de développement et de sécurité dans l’espace des pays membres ;
  • Offrir un cadre stratégique d’intervention permettant d’améliorer les conditions de vie des populations ;
  • Allier le développement et la sécurité, soutenus par la démocratie et la bonne gouvernance dans un cadre de coopération régionale et internationale mutuellement bénéfique ;
  • Promouvoir un développement régional inclusif et durable.

Le G5 Sahel favorise la mise en place d’actions de sécurité et de développement dans les Etats membres notamment grâce :

  • Au renforcement de la paix et de la sécurité dans son espace ;
  • Au développement des infrastructures de transport notamment : d’hydraulique, d’énergie et de télécommunications ;
  • A la création des conditions d’une meilleure gouvernance dans les pays membres ;
  • Au renforcement des capacités de résilience des populations en garantissant durablement la sécurité alimentaire, le développement humain et le pastoralisme.

Il est à noter que le G5 Sahel affiche une forte volonté de développement durable, par la création d’infrastructures, par la promotion de l’économie et par le développement humain. Il appelle au soutien de la part de l’ensemble des partenaires au développement intéressés par la région, notamment le groupe de la Banque Mondiale, les coopérations bilatérales, les organisations de développement islamiques.

C’est ainsi qu’un Programme prioritaire d’investissement (PIP) a été envisagé afin de répondre aux besoins du développement, en particulier en matière de gouvernance, de sécurité, de résilience économique et d’infrastructures.

Mais tout cela a un coût. Aussi, le G5 Sahel souhaite obtenir un financement de 14,8 milliards de dollars pour lui permettre de réaliser ce programme.

« le G5 Sahel n’a pas uniquement une dimension militaire. (…) La finalité est une intégration économique dans cette région sinistrée où l’on trouve des indices de développement parmi les plus faibles au monde. (…) Le développement exige plus d’intégration et un marché continental qui soit libéralisé au sein d’un marché commun (…) Pourtant, le commerce intra-africain ne représente que 13 % des échanges continentaux. Car les infrastructures manquent (…) ce qui contraint l’Afrique à importer ses produits d’autres continents (…) [Ce] manque d’intégration freine l’économie et renforce la pauvreté, de même que le chômage. Certains jeunes Africains n’ont plus d’autre choix que de fuir » Mahamadou Issouffou.

Comment le G5 Sahel fonctionne-t-il ?

Avant de voir plus en détail son fonctionnement, attachons-nous tout d’abord à sa composition. Comme indiqué précédemment, le G5 Sahel est régi par une convention et ses organes sont :

  • La Conférence des Chefs d’Etat ;
  • Le Conseil des ministres ;
  • Le Secrétariat permanent ;
  • Le Comité de défense et de sécurité
  • Les Comités Nationaux de Coordination des Actions du G5 Sahel.

Qui fait quoi ?

Le Secrétariat permanent du G5 Sahel est chargé d’exécuter les décisions du Conseil des ministres et est placé sous son autorité. Cette structure se veut très légère, souple, efficace et non budgétaire et ne comprend pas plus d’une vingtaine de personnes.

Dans chaque pays membre est mis en place un Comité National de Coordination. Ce comité est composé d’experts des secteurs d’intervention du cadre de référence. Les CNC (comités nationaux de coordination) sont les répondants du Secrétariat permanent. Ces derniers sont placés sous la tutelle des Ministres en charge du Développement. Le président du Comité National de Coordination est le pilier du G5 Sahel.

La particularité de cette convention est la création d’un Comité de défense et de sécurité qui est l’organe qui regroupe les Chefs d’état- major général des armées  et les responsables dument mandatés pour les questions de sécurité par les Etats membres.

Il faut savoir qu’en outre les Etats membres appartiennent à trois organisations. Ces organisations sont différentes pour chacune des thématiques, la Mauritanie avec le Maghreb voire le monde arabe, le Mali, le Burkina Faso et le Niger avec l’Afrique de l’Ouest et le Tchad avec l’Afrique centrale.

Ainsi, sur le plan de l’intégration économique et du développement :

  • La Mauritanie est membre de l’Union du Maghreb arabe ;
  • Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont membres de l’Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain (UEMOA) et de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ;
  • Le Tchad quant à lui est membre de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC).

Mais aussi sur le plan de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme :

  • Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont membres du Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent (GIABA) et le financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest qui regroupe 16 pays d’Afrique de l’Ouest, lesquels sont d’ailleurs membres de la CEDEAO ;
  • La Mauritanie est membre de l’organisation Groupe d’Action Financière du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord (GAFIMOA) et du Middle East and North Africa Financial Action Task Force (MENAFATF) avec les pays du Maghreb et du monde arabe ;
  • Enfin, le Tchad est membre du Groupe d’Action contre le blanchiment d’Argent en Afrique Centrale (GABAC) qui, lui-même, dépend de la CEMAC.

Du point de vue militaire : une force commune ?

Le G5S apparaît comme le pendant politique et économique sahélien de l’opération militaire française Barkhane. Il contribue à améliorer la coordination des activités de sécurité et de défense des États du G5 Sahel au niveau régional.

Du point de vue du ministère de la Défense français : « L’opération Barkhane regroupe 3000 militaires dont la mission, en partenariat avec les pays du G5 Sahel, consiste à lutter contre les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-saharienne. ».

Tout récemment, le Président du Niger Mahamadou Issoufou s’est exprimé en affirmant qu’« il serait préférable de placer notre force conjointe du G5 Sahel sous le chapitre VII de la Charte de l’ONU, qui autorise le recours à la force. Mais les États-Unis n’y sont pas favorables ».

Pour nous aider à mieux comprendre, faisons un petit retour en 2014.

En décembre 2014, le G5S demande au Conseil de sécurité de l’ONU la mise en place, en accord avec l’Union africaine, d’une force internationale en vue de « neutraliser les groupes armés, aider à la réconciliation nationale et mettre en place des institutions démocratiques stables en Libye ».

Pour mémoire, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sont :

  • La République populaire de Chine ;
  • Les États-Unis d’Amérique ;
  • La France ;
  • Le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord ;
  • La Russie.

Entre le 20 et le 27 décembre 2014, l’opération Mangouste – une première opération militaire conjointe est réalisée entre les forces de l’opération Barkhane, du Niger et du Tchad sur une zone se situant à la frontière entre la Libye, le Niger et le Tchad.

Le 20 novembre 2015, les chefs d’États du G5 Sahel annoncent la formation d’une force militaire anti-terroriste conjointe. Toutefois, ce projet reste longtemps à l’état de projet mais est réactivé le 6 février 2017.

En juin 2017, la France demande au Conseil de sécurité des Nations Unies d’approuver le déploiement de la force du G5 Sahel. Cette proposition est soutenue par la Russie et la Chine. Cependant, pour des questions relatives au financement, les États-Unis et le Royaume-Uni se montrent réticents.  Toutefois, un accord est trouvé entre la France et les États-Unis le 20 juin 2017. Le 21 juin, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte quant à lui, une résolution qui « salue le déploiement » de cette force, mais…. Effectivement, il y a un « mais », sans lui délivrer un mandat des Nations unies, et donc un financement.

Le 2 juillet 2017, lors du sommet du G5S au Mali, le lancement de la force militaire conjointe transfrontalière (FC-G5S) est officiel. Elle est placée sous le commandement du général malien Didier Dacko et est composée de cinq bataillons de 750 hommes (un bataillon par pays). Elle devrait être progressivement portée à 10 000 hommes.  La FC-G5S a pour objectif principal la lutte contre les groupes djihadistes. Elle est également chargée d’intervenir contre le trafic de drogue, d’armes et de migrants

Du côté des finances

Il est donc indéniable que le G5 Sahel rencontre des problèmes de financement. Pourquoi ? Les pays concernés sont parmi les plus pauvres du monde. Aussi, les États-Unis et le Royaume-Uni se sont opposés à un financement de l’ONU.

Il faut savoir que le budget de cette force est estimé à 400 millions d’euros. L’Union européenne s’engage à verser 50 millions d’euros et les cinq pays du G5 Sahel, à 10 millions d’euros chacun.

Tout n’est pas simple. Le Président tchadien, Idriss Déby, menace cependant de retirer ses troupes du Mali et du Nigeria, car il estime qu’il n’a pas été suffisamment soutenu financièrement. Bien que sollicitée, l’Algérie refuse toujours de s’impliquer dans la région.

Enfin, le 30 octobre 2017, les États-Unis promettent une aide de 60 millions de dollars. Finalement, ce sont des aides extérieures au Conseil de sécurité de l’ONU qui arrivent, le 13 décembre 2017, avec l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis qui apporte le premier un financement à hauteur de 100 millions de dollars et le second de 30 millions de dollars.

« A ce jour, avec les contributions des autres donateurs, 414 millions d’euros ont été mobilisés. Cela va bien au-delà des attentes » a annoncé la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini, le 23 février 2018. Le 1er mars dernier, 4 millions d’euros ont été promis par la Turquie après les attaques à Ouagadougou sont ainsi venus s’ajouter, soit 418 millions d’euros de promesses de dons.

 

Outre les 12 000 Casques bleus de la mission de maintien de la paix au Mali, La France est donc un acteur de premier plan dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, et ce, depuis janvier 2013.

Le président de la République, Emmanuel Macron, est très présent en Afrique, n’hésite pas à soutenir le G5 Sahel et ses actions. Et l’Europe dans tout ça ? L’Europe s’engage non seulement du point du vue militaire mais l’Europe s’engage aussi dans des actions en faveur du développement, notamment dans le cadre de « l’Alliance pour le Sahel » lancée en juillet 2017 par la France et l’Allemagne, qui ont depuis été rejointes par le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie.

Pour en savoir plus :

http://www.g5sahel.org/

https://www.la-croix.com/Monde/Afrique/LEurope-mobilise-Sahel-2018-02-23-1200915964

https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/03/attaques-a-ouagadougou-le-g5-sahel-cette-force-a-peine-installee-designee-comme-lennemi-a-abattre-des-jihadistes_a_23375912/

http://www.jeuneafrique.com/535438/politique/g5-sahel-414-millions-deuros-mobilises-mais-uniquement-pour-la-premiere-annee/

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/02/23/sahel-macron-affirme-la-determination-entiere-des-dirigeants-europeens_5261613_3212.html

http://www.rfi.fr/afrique/20180207-g5-sahel-mahamadou-issoufou-presidence-determination-parly

http://www.institutmontaigne.org/blog/2017/08/03/Gaullo-Mitterrandisme-contre-n%C3%A9o-conservateurs-%C3%A0-la-fran%C3%A7aise-%E2%80%93-un-vrai-faux-d%C3%A9bat

http://www.ecowas.int/?lang=fr

http://www.uemoa.int/

https://www.giaba.org/?lng=fr

http://secretariat.easycgi.com/

http://www.elysee.fr/conferences-de-presse/article/conference-de-presse-commune-du-president-de-la-republique-francaise-et-du-president-du-mali-g5-sahel/

 

 

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