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Tout ce qu’il faut savoir – Les problèmes structurels du modèle économique français – 2ème partie de notre série sur l’économie française en voie de rémission ?

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2ème partie – Les problèmes structurels du modèle économique français.

Suite à notre article sur le retour de la croissance dans l’hexagone qui présentait une conjoncture favorable à la reprise de l’économie française, il semble pertinent de rappeler que la France n’est pas tirée d’affaire. Effectivement, de nombreux problèmes de longue date liés à la santé de notre économie se sont accumulés, pour aujourd’hui venir menacer sa pérennité. Il est aujourd’hui urgent de les prendre en charge, et la reprise économique conjoncturelle amorcée par le retour de la croissance en 2017 est un point de départ, à un assainissement progressif des comptes publics et du modèle économique français.

La dette

La dette est incontestablement un poids pour l’économie française et de manière un peu curieuse, ce fut un sujet peu débattu lors de la dernière campagne présidentielle. Résultant d’une accumulation des déficits et des intérêts des emprunts contractés, la dette publique française atteint en 2017 l’équivalent de 98,1% de son PIB, soit un total de près de 2226 milliards d’euros. Un montant colossal.

Si l’on regarde historiquement le taux d’endettement de l’économie française, ce dernier était déjà très conséquent avant la crise économique de 2008 avec un taux d’endettement en 2007, proche de 64,3% du PIB, pour ensuite venir exploser du fait de la crise et atteindre le taux que l’on connaît aujourd’hui. Il faut alors reconnaître que la France entretient historiquement une politique de dépense à l’échelle nationale, alors qu’elle n’en a pas toujours les moyens.

Cependant, pourquoi la dette est-elle un problème d’ordre majeur et menace très sérieusement la pérennité de notre économie ?

Le premier inconvénient d’une dette aussi massive, et le plus évident aussi, est la charge de la dette (les intérêts à payer pour la rembourser). Cette dernière représente dans le Projet de loi des finances (PLF 2018) pour 2018 près de 9,3% des crédits de paiements du budget général de L’État, soit un énorme manque à gagner pour la France. En effet, chaque année, un taux de plus en plus croissant du budget de L’État est absorbé par le remboursement de la dette. Ce taux croît potentiellement pour deux raisons : quand le volume de la dette augmente chaque année, ce qui fait qu’une part plus importante du budget doit être allouée à son remboursement, mais aussi du fait de la non réduction du déficit public français. En 2017 le déficit public est estimé à 2,9%, ce qui est déjà un effort fait par le Gouvernement actuel pour repasser sous la barre des 3% comme la France s’y était engagée lors de son adhésion au traité de Maastricht en 1992.

Dans la même idée, nous pouvons évoquer les taux d’intérêts directeurs. Comme l’a annoncé Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne (BCE), ce dernier prévoit une remontée des taux directeurs à la mi-2019, ce qui est un signal alarmant pour notre économie, le poids de la dette se ferait alors en effet plus lourd. Effectivement, pour se financer, l’Etat émet des obligations qui sont rachetées sur le marché secondaire où les taux d’intérêts fixés par la BCE ont récemment augmenté passant brusquement à 1,025% le 15 février 2018, contre 0,777% début janvier pour les emprunts français sur 10 ans. Un indicateur qui laisse prévoir une prochaine hausse des taux d’intérêts. La Zone euro, on le rappelle aura profité pour la période d’après crise d’une politique expansionniste de l’Union Européenne particulièrement généreuse avec des taux d’emprunts proche de 0% voire négatifs. Mais cette politique ne peut pas durer éternellement.

Le deuxième inconvénient de la dette se situe sur le long terme. Effectivement, la dette devra, à terme, être d’une façon ou d’une autre remboursée par les ménages français. Si certaines personnalités politiques comme Jean Luc Mélenchon prônent une sortie de la dette par un rachat de celle de la France et des autres pays européens par la BCE (avec une inflation de 4 à 5 points à la clef), le Gouvernement opte pour des mesures plus orthodoxes, comme la réduction du déficit public. La question se pose alors : mieux vaut-il dégrader l’état de l’économie maintenant en engendrant une hyperinflation dans la Zone euro ou opérer une descente progressive du déficit public et à terme de la dette ? Toujours est-il qu’on estime qu’un français supporte ou supportera lors de son entrée dans la vie active une dette de près de 31.660 euros.

La dette est donc une véritable épée de Damoclès pointée sur la tête de notre pays et, à ce sujet, le gouvernement ne se fait pas d’illusion. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances a ainsi déclaré le 15 février, que toutes les éventuelles recettes fiscales dégagées par le retour de la croissance iraient directement à l’effort de réduction de la dette. Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics qualifie quant à lui la hausse des taux d’intérêts directeurs se profilant à l’horizon, comme «préoccupante», en ajoutant qu’une augmentation d’un point de la dette et c’est «l’équivalent du budget du ministère de la Justice qui part en fumée.». Un problème qui devient alors plus qu’urgent à régler.

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Le déficit extérieur

Au problème de la dette et du déficit public s’ajoute le problème du déficit commercial français, autrement dit, le rapport entre les produits que le pays importe sur le territoire national pour satisfaire la demande interne et les produits que notre économie est capable d’exporter.

Avec une régularité presque étonnante, la France affiche en 2017 un déficit de sa balance commerciale de près de 62,3 milliards d’euros, donc un déficit dans son rapport import-export pour la 14ème année consécutive, la France étant la 6ème puissance économique mondiale.

Pourquoi ce déficit est-il un problème ?

Tout d’abord, ce déficit témoigne d’une pénétration plus profonde des produits étrangers dans notre économie. Leur taux de pénétration était de 19% il y a quinze ans pour aujourd’hui atteindre un total de 25%, dû à la hausse du déficit extérieur. Cette arrivée massive de produits étrangers est un aveu de faiblesse pour notre appareil productif, qui se voit dans la situation actuelle incapable de répondre à la demande interne dans des proportions raisonnables et encore moins d’exporter. En nous comparant à notre voisin d’outre-Rhin, l’Allemagne a ainsi comptabilisé en 2017, un total d’environ 331.000 entreprises exportatrices contre seulement 124.000 en 2017 pour la France, soit plus de moitié moins. Un aveu de faiblesse considérable.

Mais plus globalement, cette incapacité des entreprises française à exporter est la conséquence d’une disparition des secteurs véritablement rentables de l’appareil productif français. Ainsi, la balance commerciale française repose aujourd’hui seulement sur quelques secteurs clefs de l’économie pour assurer des exports à l’étranger. Ces secteurs étant : l’Aéronautique, la boisson et les produits de luxe, avec une dépendance particulière du commerce extérieur au carnet de commande d’Airbus.

Cette réduction de l’appareil productif français à ces quelques secteurs clefs est expliquée par deux phénomènes : le premier étant une simple désindustrialisation de notre pays et un retard dans la modernisation des usines restantes, qui affaiblissent naturellement notre appareil de production.

Enfin, vient la compétitivité des entreprises françaises. La difficulté pour nos entreprises tient aussi dans le fait qu’elles ont du mal à se rendre compétitives premièrement sur le marché européen puis a fortiori sur le marché mondial. Inutile de reprendre ici la comparaison avec notre voisin allemand.

Toujours est-il que dans la dernière décennie, les dirigeants politiques français ont essayé de ramener une certaine compétitivité au sein de nos entreprises avec plusieurs mesures fiscales visant à fructifier la marge de ces dernières comme, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, ou encore la loi TEPA (loi en faveur du travail de l’emploi et pouvoir d’achat) voulue en 2007 par Nicolas Sarkozy et qui devaient vivifier le travail en entreprise notamment par un dépassement des 35 heures, preuve que l’on fait face encore aujourd’hui aux mêmes problématiques de compétitivité.

Il semble que le Gouvernement a identifié le problème et qu’Édouard Philippe a présenté le 23 février 2018 dans la région des Hauts France un plan pour l’export. Toutefois, les résultats en la matière se font attendre.

 

Le chômage

Comme annoncé dans l’article précédent, le taux de chômage en métropole est descendu en 2017 à près de 8,6% de la population active, ce qui est une bonne nouvelle mais cache certains problèmes de fonds liés à l’emploi en France.

Tout d’abord, cette baisse brutale du chômage n’était pas prévue par le Gouvernement, Muriel Pénicaud ministre du Travail ayant au préalable souligné plusieurs fois qu’elle souhaitait sortir des politiques de réduction du chômage à court terme et d’un traitement statistique de ce dernier pour engager des réformes de fonds, notamment par le biais des « Ordonnances Travail » de septembre. La baisse du chômage peut alors être attribuée à des causes conjoncturelles, Muriel Pénicaud ne prévoyant les résultats des réformes qu’à partir de 2019.

Il est important de rappeler que même avec les 8,9% de chômage sur l’ensemble du territoire national, Mayotte exclue, il reste toujours près de 2,6 millions de personnes sans emploi et que les efforts à faire pour atteindre le pleine emploi (environ 5% de la population active au chômage) sont encore nombreux.

Ainsi, Bertrand Martinot, économiste et auteur de « Pour en finir avec le chômage, ce qui marche, ce qui ne marche pas. » insiste sur la nécessité pour la France de réformer son droit du travail ainsi que la formation professionnelle sous peine de ne pouvoir jamais « Crever le seuil des 8% » et de voir stagner le taux structurel du chômage en France autour de 9%.

Ainsi fin 2017, la moitié des entreprises ont signalé des difficultés à embaucher des salariés en contrat long, et 32% ont mis en avant une indisponibilité de main-d’œuvre compétente, selon l’Insee. Le gouvernement ayant commencé à travailler sur ces sujets, avec dans un premier temps les ordonnances du 22 Septembre 2017, et une réforme sur l’apprentissage et la formation professionnelle en préparation.

Sous peine d’une stagnation à un taux d’environ 9% de la population active, la France doit donc engager les réformes nécessaires.

En conclusion et pour élargir la discussion

Il serait aussi, pour compléter cet article qui aborde les difficultés que rencontre l’économie française, pertinent d’aborder d’autres sujets, comme le système de retraite, le trou de la Sécurité Sociale, les problèmes de logements ou encore la pression fiscale très forte en France avec un taux de taxation total de près de 47,6% de son PIB en 2016. D’autres sujets paraissent aussi importants, comme l’éducation et la stratégie d’investissement dans notre économie pour les prochaines années, qui sont des sujets passionnants. Cependant, au vu des précédentes constatations, deux questions se posent.

Tout d’abord, est-ce que les pouvoirs publics organisent au mieux l’efficacité de la dépense publique dans ce qu’ils entreprennent ? Ce n’est en tout cas pas l’avis de Didier Migaud et de la Cour des comptes qui a rendu son rapport public annuel le 8 février dernier, dans lequel est prônée une doctrine de l’efficacité de la dépense à l’image de nos voisins européens, en passant notamment par une réforme de la fonction publique.

Enfin, suites à ces observations, le modèle économique français est-il durable ?

Cela ne semble pas non plus être l’avis du pouvoir en place, qui souhaite engager une profonde transformation sociale et économique de notre pays, pour « Faire entrer la France dans le 21ème siècle ». Le Président et le Gouvernement semblent en effet conscients des urgences. Ainsi, ils ont engagé depuis le début du quinquennat un nombre impressionnant de réformes et ce dans un court laps de temps, dans le but de rétablir la situation qui semble aujourd’hui critique afin de permettre à la France de conserver sa place d’acteur majeur dans l’économie mondiale, et de réussir à faire porter sa voix dans les prochaines décennies face à la montée d’autres acteurs économiques majeurs.

Le prochain article à paraître abordera les objectifs économiques du Gouvernement sur le quinquennat ainsi que les réformes déjà engagées depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en mai dernier.

Pour en savoir plus :

http://www.lepoint.fr/economie/baisse-du-deficit-public-pour-la-cour-des-comptes-rien-n-est-acquis-22-01-2018-2188629_28.php

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-176300-pourquoi-le-deficit-public-va-se-creuser-a-partir-de-2018-2132292.php

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/01/11/20002-20180111ARTFIG00102-l-allemagne-a-enregistre-un-excedent-budgetaire-record-en-2017.php

https://www.ecb.europa.eu/ecb/html/index.fr.html

http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2018/02/07/le-deficit-commercial-francais-s-est-creuse-et-atteint-62-3-milliards-d-euros-en-2017_5252914_1656968.html

http://www.douane.gouv.fr/articles/a11951-resultats-du-commerce-exterieur-de-la-france

http://www.liberation.fr/france/2018/02/15/en-france-l-ampleur-de-la-baisse-du-chomage-surprend_1629925

https://www.latribune.fr/economie/france/le-chomage-devrait-peu-reculer-en-2018-764165.html

http://www.dettepublique.fr/

http://www.europe1.fr/economie/la-france-prendra-de-nouvelles-mesures-pour-reduire-la-dette-cette-annee-3575333

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