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Agriculture locale : bio, circuit court, autonomie, … visite d’un véritable modèle

Madiran

Agriculture locale : bio, circuit court, autonomie, … visite d’un véritable modèle

 

 

 

Dans le prolongement de nos articles sur la permaculture, le circuit court, le non-labour d’une part et de l’ensemble de nos travaux d’autre part, nous vous proposons aujourd’hui un bref article sur une rencontre autour de Madame Béatrice Lagarde, Préfète des Hautes-Pyrénées. Rencontre organisée par la Coordination Rurale des Hautes Pyrénées et à laquelle notre cercle de réflexion a été invité à participer par son Président Eric Préchacq, que nous remercions vivement pour cette journée riche en enseignements et en échanges.

Ce type de rencontre s’inscrit parfaitement dans le cadre de nos travaux de réflexion, de nos piliers fondamentaux : comprendre, anticiper et préparer et de nos mots clés : réagir, débattre et partager en toute liberté.

C’est donc en complément à l’article paru dans Le Petit Journal (édition du 25 avril) que nous vous proposons aujourd’hui de vous rendre compte de cette journée.

En effet, le 17 avril dernier, le Président de la Coordination Rurale 65 – Eric Préchacq – accompagné par certains administrateurs et de quelques invités se sont retrouvés autour de Madame la Préfète, à la ferme Lebbe située à Villefranque pour une visite de l’exploitation.

Cette visite a été suivie par une visite d’un autre type mais tout aussi intéressante, celle du Prieuré de Madiran, cadre magnifique tout juste restauré où nous avons eu le privilège de déjeuner avec Alain Cassou, Maire de Madiran, du Président du syndicat des vins ODG et du directeur de l’établissement. Un privilège fort apprécié par tous car le Prieuré n’ouvrira au public qu’à la fin du mois.

Nous vous proposons de revenir sur la visite de la Ferme Lebbe, dont le modèle s’inscrit parfaitement dans les réflexions que nous avons menées et que nous poursuivons dans le domaine de la transition écologique, de l’agriculture, de l’innovation et de l’économie en général. En effet, comme vous allez le voir, notre visite nous a permis d’aborder toutes ces thématiques.

Dans un premier temps, il est intéressant de noter que c’est en Occitanie, que l’on trouve le plus grand nombre de fermes certifiées bio avec 7 218 exploitations et 361 718 ha, suivie par : l’Auvergne-Rhône-Alpes (4 771 fermes, 204 235 ha), la Nouvelle-Aquitaine (4 700 fermes, 188 867 ha, et les Pays de la Loire (2 543 fermes, 150 595 ha).

L’Occitanie cultive près d’un hectare sur quatre engagé en bio en France. Toutefois, c’est la région PACA qui reste la première région en termes de part de SAU (Surface Agricole Utile différente de la SAT Surface Agricole Totale) en bio en France avec 19,4%.

En outre, en France, les exploitations labellisées « bio » représentent 7,3% des exploitations, près de 11 % de l’emploi agricole, et 5% de la SAU. En effet, en 2016, 1 538 047 ha (1 054 877 ha certifiés bio et 483 170 ha en conversion) soit + 17% par rapport à 2015.

Ces mêmes régions représentent plus de 40% des entreprises de transformation et de distribution certifiées « bio ». Les régions Ile-de-France et PACA, qui sont densément peuplées, occupent aussi une place importante pour l’aval de la bio.

ferme1

Source : http://www.agencebio.org

Une ferme labellisée « bio » dans les Hautes Pyrénées cela n’a rien de vraiment étonnant mais une ferme non seulement véritablement « bio » mais aussi un véritable modèle en matière de recyclage, d’autonomie c’est moins courant et cela depuis près de trente ans et à l’époque, ils étaient encore peu nombreux à y croire !

Notre matinée débuta donc par la visite de la ferme de Pierre, Annick Lebbe et Paul-Emile Fontan, tous trois associés lesquels nous ont présenté successivement leur activité à la ferme.

La présentation commença avec Paul-Emile qui nous expliqua tous les avantages de sa nouvelle installation. Une magnifique chèvrerie de 1 150 m2, alliant respect de l’environnement avec sa charpente et ses passerelles en bois (réalisées par des artisans locaux) et modernité avec l’utilisation d’un une griffe à fourrage pour la manipulation des lourdes brassées de foin de luzerne stocké en vrac et dont le séchage est solaire.

Cette technique performante du séchage solaire du foin en vrac offre de nombreux avantages. Elle est non seulement économe et respectueuse de l’environnement mais elle permet aussi au foin d’avoir une haute teneur en énergie (plus de protéines) et une meilleure conservation.

L’exploitation ainsi conçue présente de nombreux atouts :

  • Un gain de temps de récolte ;
  • 4 à 5 coupes de luzerne qui rendent l’élevage autonome en protéines ;
  • 1,4 litre de lait par chèvre en plus au début de la lactation ;
  • 350 litres de lait par jour ;
  • un système immunitaire renforcé des chèvres qui ne reçoivent aucun vermifuge, aucun vaccin et aucun antibiotique.

Chèvres1

Le cheptel est composé de 130 chèvres de race alpine. Cette race a été choisie pour son lait qui est plus riche en protéines et en matières grasses que les autres laits de chèvre.

Ce résultat est obtenu non seulement par une génétique attentivement étudiée mais aussi par une alimentation de qualité. En effet, les chèvres sont nourries avec les céréales et les foins de luzerne cultivés sur les 35 ha que compte l’exploitation.

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Après l’élevage, nous avons suivi quasiment un cours de physique et de chimie dispensé par Pierre lorsqu’il nous expliqua non seulement le système de recyclage qu’il a mis au point et qui a permis à sa ferme d’être autonome mais aussi de ce qui est sa passion : la méthanisation du fumier de ses chèvres.

Cette technique permet la conservation de l’azote et rend ainsi le fumier « agronomiquement » meilleur.

En passant par le méthaniseur, le fumier devient ce qu’on appelle du digestat[i] qui est reconnu comme matière fertilisante. Par ailleurs, l’étape de la fermentation permet la destruction de toutes les graines indésirables ce qui offre un énorme avantage pour les cultures futures qui recevront ce fumier dans la mesure où elles ne seront plus en concurrence avec les plantes indésirables ce qui évite l’utilisation de désherbant. Dans le cas de la Ferme Lebbe, un désherbage mécanique n’est pas nécessaire.

Le biogaz issu de cette fermentation est lavé à l’eau pour augmenter sa teneur en méthane. Le méthane ainsi produit permet de remplacer le propane qui est alors utilisé pour le séchage du malt et la fabrication de la bière qui est une autre originalité de la ferme Lebbe.

bière

Enfin, le groupe a rejoint Annick à la brasserie pour une dégustation de fromages et de l’Amalthée qui doit son nom à la chèvre qui, dans la mythologie grecque, a nourrit Zeus enfant. Amalthée est une bière blonde qui accompagne à merveille les fromages de chèvre.

 

Dans cette exploitation, les chèvres qui consomment les déchets de la brasserie, font du fumier lequel produit à son tour le gaz utilisé pour le séchage du malt et l’élaboration de la bière et le digestat pour les cultures. Un exemple parfait d’économie circulaire et de circuit court le tout dans un cadre entière biologique. Les produits élaborés à la ferme de Lebbe sont vendus sur place ou dans les Biocoop de la région.

Cette journée a permis à la CR 65 de présenter toute la richesse de l’agriculture locale, sans oublier de mentionner les difficultés auxquelles il faut faire face.

Quant à nous, nous avons pu voir en pratique, dans le monde de l’agriculture et de l’élevage en particulier, ce qui sera l’objet non seulement de notre prochaine tribune mais aussi des propositions récentes du Gouvernement : l’Economie Circulaire qui sera elle-même suivie par une chronique sur l’Economie Sociale et Solidaire

En effet, après notre chronique consacrée à la SNCF et au statut du cheminot, nous vous proposerons à partir du mercredi 2 mai une chronique consacrée à l’Economie Circulaire qui sera suivie par une conférence publique au début de l’été sur ce sujet.

 [i] http://www.methanisation.eu/le-digestat

BONUS : Les chiffres de la « Bio » en France en 2016

Source: Agence BIO/OC

Moyens humains

1/ emplois

118 000 emplois directs (avec une croissance annuelle moyenne de 8,4% par an depuis 4 ans) se répartissant à savoir :

  • 77 700 emplois directs dans les fermes en équivalent temps complet ;
  • 38 200 emplois en transformation et distribution bio ;
  • 2 000 emplois en conseil, contrôle, recherche, formation, etc.

2/ opérateurs

47 104 opérateurs (producteurs, transformateurs, distributeurs et importateurs) étaient engagés dans la production biologique, + 10% par rapport à 2015.

En aval :

  • 10 600 transformateurs (+ 9 % par rapport à 2015) ;
  • 4 017 distributeurs (+11 % par rapport à 2015) ;
  • 223 importateurs (+40 % par rapport à 2015).

En amont :

  • 32 264 producteurs étaient engagés en bio fin 2016 (+ 12% par rapport à 2015).

Evolution des opérateurs et des surfaces certifiées bio de 1995 à 2016

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Productions végétales

Pour l’ensemble des productions, la part en bio continue de progresser. Cependant la bio est mieux représentée dans les cultures pérennes : 17% des surfaces plantées de vergers et plus de 9% des surfaces de vigne sont conduites en bio.

Le développement des surfaces fourragères depuis deux années accompagne celui de l’élevage de ruminants laitier comme allaitant (bovins, ovins et caprins).

L’augmentation en 2016 de 20% des surfaces bio de grandes cultures par rapport à 2015, qui fait suite à une croissance de 33% en 2015 par rapport à 2014, a permis d’atteindre une part de 3% de la SAU de grandes cultures en bio. Ces surfaces arriveront au terme de leur conversion entre l’été 2017 et l’été 2019, ce qui permettra d’approvisionner progressivement les filières françaises de l’épicerie comme de la boulangerie mais aussi de fournir l’aliment du bétail français nécessaire à l’élevage de volailles de chair et de poules pondeuses biologiques.

Surfaces en bio en 2016 et évolution par rapport à 2015 pour les différentes productions végétales

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Productions animales

Le développement de l’élevage bio touche l’ensemble des espèces. Les filières les plus dynamiques concernent les ruminants, en particulier l’élevage ovin laitier (+23% de brebis laitières) et les élevages bovins allaitants comme laitiers (avec respectivement +17% et +15% de vaches). Du côté des élevages de monogastriques, la croissance des mises en place de volailles se développent aussi sur un rythme soutenu (+12% pour les poulets de chair et les poules pondeuses).

Animaux engagés en bio en 2016 et évolution par rapport à 2015 pour les différentes productions animales

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