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Le Grand Débat National – suite

Consultation

Il y a quelques semaines, nous avons publié une courte présentation sur le Grand Débat National et nous vous avions alors indiqué que nous reviendrons sur le cadre, les modalités de celui-ci. Nous pouvons aujourd’hui le faire après la réception de la lettre qui a été adressée par le président de la République à l’ensemble des Français.

Depuis plusieurs semaines, sur l’ensemble du Pays, nous assistons à des scènes de violence, entendons des propos, voyons des attitudes qui sont autant de signes non pas d’une méfiance à l’égard des institutions mais bien d’une véritable défiance et la révélation même du non-respect des valeurs, des biens, des symboles et des élus de la République. Un véritable climat de guerre civile.

Quelles en sont les causes ? Une paupérisation économique, culturelle ou intellectuelle, un problème d’éducation, de l’impatience, un manque d’ouverture d’esprit ? ou tout cela réuni ? Selon une récente étude du CEVIPOF[1] (Centre de recherches politiques de Sciences Po, unité mixte de recherche sous la tutelle de l’IEP de Paris et du CNRS) sur le moral des Français celui-ci est dominé par un sentiment de lassitude, de morosité et de méfiance.

Dans une démocratie, il est pourtant indispensable qu’il y ait un contre-pouvoir représenté par une opposition voire des oppositions mais ce qui est reproché par de nombreux Français aujourd’hui c’est la forme que prend cette opposition. En effet, si la colère est compréhensible, la violence et le non-respect des valeurs républicaines ne sont, quant à elles, pas admissibles.

Il est vrai qu’Internet est venu bouleverser les rapports au pouvoir, les rapports des uns avec les autres. Pour le bien mais souvent, malheureusement pour le pire : propos diffamatoires, haineux, mensongers (fake news). Lourdes, petite ville de moins de 14 000 habitants en est un exemple. Ainsi, nous pouvons aisément imaginer l’impact désastreux de ce phénomène à l’échelon national, international, cela peut donner le frisson.

Si un contre-pouvoir est nécessaire, il est tout aussi nécessaire de respecter le principe républicain et la fonction des femmes et des hommes qui le composent.

Exceptionnellement, dans le cadre d’une publication du Cercle de réflexion, je me permets de m’exprimer à titre personnel. En effet, comme j’ai coutume de le dire, j’ai des adversaires politiques mais je n’ai pas d’ennemi. Au même titre que je pardonne mais me souviens pour mieux avancer. Je sais que mon attitude dérange.

Depuis des mois, au sein de l’association une question nous taraude et elle prend toute son importance depuis quelques semaines : comment faire pour sauver nos institutions ? Comment faire pour tenter de redonner aux citoyens le sens du partage au sens étymologique du terme « pars agere » à savoir prendre sa part, avancer et par extension : agir ensemble. Agir ensemble pour le bien commun, l’intérêt général.  Et si le Grand Débat National en était le moyen ?

Aujourd’hui, Emmanuel Macron, a adressé une lettre à tous les Français, une longue lettre certes, mais simple avec des questions concrètes dont vous pouvez retrouver l’intégralité infra.

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Le président de la République nous invite à participer à une initiative inédite qui commencera officiellement demain, mardi 15 janvier, avec le Grand Débat National. Il nous est en fait proposé de participer à un nouveau contrat avec la Nation dont le déroulement sera sous la houlette d’un duo paritaire composé d’Emmanuelle Wargon et Stéphane Lecornu. Par ailleurs, un site Internet devrait être lancé officiellement le même jour (https://www.gouvernement.fr/le-grand-debat-national).

Les questions figurant dans la lettre s’articulent autour des thèmes de la fiscalité, la démocratie, la transition écologique, la laïcité ou encore l’immigration.

« S’il n’y aura pas de questions interdites » (sic), le président de la République non seulement délimite un cadre avec des lignes rouges telle la suppression de l’ISF, mais aussi ouvre la porte à des réformes importantes telle que le référendum d’initiative citoyenne.   Nous vous proposons quelques questions extraites du courrier présidentiel, sachant que chacun d’entre nous à la possibilité d’en formuler d’autres ou d’ouvrir ces questions (liste non exhaustive) :

  • Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?
  • Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ?
  • Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? À l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ?
  • Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ?
  • Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d’action au plus près des citoyens ? À quels niveaux et pour quels services ?
  • Comment voudriez-vous que l’État soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l’administration et comment ?
  • Comment l’État et les collectivités locales peuvent-ils s’améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ?
  • Comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ?
  • Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ?
  • Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ? Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?
  • Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard ? Comment faire partager ces choix à l’échelon européen et international pour que nos agriculteurs et nos industriels ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ?
  • Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ?
  • Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques ?
  • Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d’élus ?
  • Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Économique, Social et Environnemental, doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile ? Faut-il les transformer et comment ?
  • Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ?
  • Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ?
  • Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l’initiative ?
  • Que proposez-vous pour améliorer l’intégration dans notre Nation ? En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?
  • Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’État et les religions de notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?

Outre les questions, le message principal est important, mais à l’évidence, il renvoie les Français devant leurs contradictions.

Par ailleurs, ce Grand Débat National nécessitera un gros travail de relecture à commencer par la collecte de l’ensemble des réponses (qui pourront se faire sous diverses formes : courrier postal, via Internet, etc…), leur traitement, le tout dans des délais très courts puisque cette grande consultation nationale prendra fin le 15 mars prochain.

Mais que sera vraiment ce Grand Débat National : un défouloir, une poubelle à débat ?

Ce débat semble pourtant être une formidable opportunité offerte aux Français pour s’emparer des questions, si certaines sont suggérées il ne faut hésiter à   les ouvrir. L’intelligence collective est absolument nécessaire à la survie de notre démocratie.

Comment pouvons-nous faire pour inciter les citoyens à prendre part au Grand Débat National quand la majorité d’entre eux pense que cet exercice est stérile et que, soyons lucides, nombreux sont ceux qui ne souhaitent qu’une chose, « le départ » d’Emmanuel Macron. Comment leur redonner le goût de la chose, un esprit curieux et non pas la facilité de lire tout ce qui circule sur le Net, l’envie de comprendre, etc…

On assiste à un boycott qui ressemble plus à une attitude psychorigide, à une déconsidération de la fonction même, qu’il s’agisse d’élu ou à Lourdes du clergé voire un non-respect patent de la démocratie. Il n’y a plus de dialogue direct, de personnes à personnes.

Il est à craindre malheureusement qu’une majorité de Français n’ait aucune envie d’entendre, de comprendre et de dialoguer. Ainsi, pour reprendre un exemple local, à Lourdes depuis deux mois, un cahier de doléances est mis à disposition des citoyens, à ce jour, seuls deux commentaires y figurent ! Etonnant quand sur les réseaux sociaux certains lourdais se déchaînent sans vergogne tant contre le pouvoir local que contre le président de la République et sa politique. Espérons que le Grand Débat National aura plus de succès !

Il est pourtant très important que les Français se saisissent de cette opportunité qui leur est offerte.

Mais comment faire ? Comment le rendre crédible ? Comment inciter les Français à prendre part à cet exercice de démocratie participative que nous propose le président de la République avec le Grand Débat National ? Comment éviter que le message soit troublé, les participations trustées par des partis extrémistes ou des associations radicales ?

Comment rendre audible le message présidentiel, face à cette forme de terrorisme d’un « nouveau politiquement correct » émanant d’un groupe qui semble dans l’incapacité de raisonner et de devenir raisonnable pour un dialogue indispensable pour la sauvegarde de nos institutions.

Comment lutter contre une certaine victimisation ? Cette certitude que le mal vient toujours de l’extérieur, des autres. Comment faire comprendre qu’être humain c’est être responsable ?

Difficile de faire de la pédagogie, de se rendre audible. Difficile d’inciter au discernement. Surtout si on tient compte du sondage qui vient d’être publié dans l’Obs, dans lequel à six affirmations plus grossières les unes que les autres, 24 % des Français ont répondu qu’elles étaient exactes et que selon 76 % des sondés au moins une des affirmations est exacte. Cela montre combien, même fort d’arguments, d’exemples concrets, il est difficile de rectifier les choses erronées que ce soient des faits ou des paroles.

En outre, au vu de la méfiance qui existe envers les « sachants », les élus et les institutions, c’est à nous, à notre niveau, en notre qualité de citoyen lambda mais impliqué dans la vie publique, de faire fi des habitudes et continuer à aller à contre-courant pour le bien-vivre ensemble républicain et la sauvegarde de notre démocratie.

Tout ceci pour vous faire part de mon inquiétude non seulement sur la pédagogie que nous devons mener sur le déroulement du Grand Débat National mais aussi sur la participation. Première étape avant les élections européennes. Nous ne pouvons pas nous permettre de rater ces deux échéances.

Alors « comment transformer ensemble les colères en solutions » ?

Sachons garder notre dignité, cela sera notre plus grande force de conviction. Jouons de la proximité, de la bienveillance, du respect, de l’écoute, etc…

Face à l’agressivité, à cette violence qui s’exprime sous toutes ses formes, rester calme, ouvert et constructif. C’est que nous tentons de faire au travers de l’ensemble de nos travaux au sein de notre Cercle de réflexion.

Ne fuyons pas ! Il est de notre responsabilité de citoyen impliqué dans la vie publique et politique de soutenir nos valeurs, la démocratie, la République.

N’ayons pas peur de rappeler le fonctionnement de notre République, de la Constitution, des droits et des devoirs de chacun des citoyens, la chance que nous avons de vivre dans une démocratie, dans un pays où certes il existe des inégalités mais où le système de protection sociale et le système de santé nous sont enviés.

Il est indéniable que nos institutions ont besoin d’être réformées, constat qui n’est d’ailleurs pas nouveau. Toutefois, malgré ses défauts la Vème République nous a permis d’atteindre une plus grande stabilité démocratique en mettant fin aux errements de la IVème. La Constitution de 1958, véritable socle du vivre-ensemble et de la protection des libertés, est faite pour durer, être adaptée, améliorée.

Dès mercredi, vous pourrez découvrir notre nouvelle chronique consacrée à la Constitution (en trois parties) qui sera suivie par une chronique sur la révision des institutions. Puis, nous enchaînerons avec une chronique sur le lobbying parlementaire et les élections municipales.

[1]

https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/CEVIPOF_confiance_vague10-1.pdf

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