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Un pour tous, tous pour un. Unus pro omnibus, omnes pro uno ou de la vertu de la solidarité à une vision progressiste du monde.

Un pour tous, tous pour un

Unus pro omnibus, omnes pro uno

ou de la vertu de la solidarité à une vision progressiste du monde

Le texte qui suit, est original à plus d’un titre. En effet, il est différent de nos habituelles publications non seulement dans sa forme mais aussi sur le fond. Il est très personnel dans la mesure où il a été rédigé au tout début de l’automne dernier dans le cadre d’une formation que j’ai suivie et au cours de laquelle, j’ai eu à rédiger un texte devant répondre à la question : « comment la culture a donné un sens à mon engagement et en quoi cela a-t-il modifié ma façon de voir le monde ? »

De manière tout à fait inopinée, je viens tout juste de relire cette note, il m’a semblé intéressant voire pertinent de la publier sur le site de notre cercle de réflexion. En effet, à la lumière des évènements sociaux, politiques, et économiques qu’il s’agisse du mouvement des « gilets jaunes » ou du grand exercice de démocratie participative qu’est le grand débat national lancé par le président de la République, ou encore les prochaines élections européennes, cette relecture a donné à ce texte un éclairage différent et l’inscrit pleinement dans l’actualité.  Je vous propose donc la version originale de ce texte rédigé le 15 octobre 2018.

Un pour tous, tous pour un – Unus pro omnibus, omnes pro uno

Dans la théorie, cette devise a priori simple, facile à comprendre par tous, car il s’agit bien là de bon sens, mais à la difficile mise en pratique lorsqu’il s’agit de réfléchir ensemble, agir ensemble, pour atteindre un objectif unique, une cause ou un idéal commun et ce quel que soit le domaine : familial, social, économique, éthique ou politique, que ce soit au niveau local, national ou encore international.

Je dois avouer que lorsque j’ai lu les consignes pour la rédaction de cette publication, je me suis interrogée « que vais-je vais bien pouvoir écrire pour illustrer la culture politique et citoyenne en partant d’un exemple de culture personnelle et en quoi cela a influencé ma façon de voir le monde et ce que cela peut en dire ? ». Pour l’exprimer d’une autre manière « quelle expérience culturelle personnelle a interagi sur ma définition des normes, des valeurs, et comment cette expérience a défini ou influencé mes attitudes et mes comportements politiques et citoyens ».

Question étonnante de prime abord. Aussi, j’ai longuement réfléchi pour savoir comment une œuvre, un livre, un monument ou un personnage, etc…m’avait touchée au point d’influencer ma culture et mon engagement associatif et politique allant jusqu’à me donner une clé de lecture pour voir le monde et comment cet élément de ma culture pouvait éclairer ma vision du monde ?  

Quel autre ouvrage que la Bible, intimement lié à mon éducation ignatienne, ou encore le modèle de mes parents l’un engagé dans un corps intermédiaire – selon l’expression actuelle – et l’autre dans le monde associatif et caritatif avait pu également jouer ces rôles ?  Il me fallait trouver un exemple dans ma culture personnelle.

J’ai finalement trouvé ! Peut-être en faisant le chemin à l’envers, c’est-à-dire en commençant par ce que j’ai accompli jusqu’à aujourd’hui, ce que je suis aujourd’hui et quel en a été le fil conducteur. Ensuite, j’ai tenté de trouver une devise qui me définirait le mieux possible, c’est ainsi que j’ai abouti à : « un pour tous, tous pour un ». Déjà, en ce temps-là, on tentait de dépasser les clivages pour atteindre un objectif !

Et voilà, peut-être avais-je trouvé ma référence culturelle avec le célèbre roman d’Alexandre Dumas (père) Les trois mousquetaires que je dois vous avouer avoir lu et relu…

« Tous pour un, un pour tous »

Pour commencer, même si cette devise traditionnellement associée aux trois mousquetaires, comme nous le verrons par la suite, n’apparaît jamais sous cette forme dans l’ouvrage d’Alexandre Dumas, c’est celle qui a été retenue et que l’on retient. En outre, finalement, elle résume parfaitement bien mes motivations, mes engagements, mon chemin de vie.

Et pourtant, lorsque j’ai lu pour la première fois Les trois mousquetaires, je dois avouer que j’étais plus attachée aux épisodes romanesques de ce célèbre roman de cape et d’épées qu’à la devise. Puis, je l’ai relu par la suite au cours de mes études, et relu pour le plaisir et, ma lecture, comme chacun le sait, était différente.

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Source : Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires, ill M. Leloir, Calmann Lévy, 1894, 2 vol.

Ainsi au chapitre IX « […] Et maintenant, messieurs, dit d’Artagnan sans se donner la peine d’expliquer sa conduite à Porthos, tous pour un, un pour tous ; c’est notre devise, n’est-ce pas ? […], et les quatre amis répétèrent d’une seule voix la formule dictée par d’Artagnan : « Tous pour un, un pour tous. » […] ». [1] C’est n’est donc pas « Un pour tous, tous pour un » mais à dire vrai cela n’est pas très important.

Qu’ai-je retenu de cette locution latine, reprise de manière apocryphe par Alexandre Dumas ? Comment celle-ci a-t-elle contribué à faire naître mon engagement, à le développer ?

Je ne suis certainement pas la seule. Il semble bien que cette devise ait été importante pour Alexandre Dumas et les générations qui suivirent, preuve en est le 30 novembre 2002, lorsque les cendres d’Alexandre Dumas ont été transférées de sa Normandie natale pour être inhumé au Panthéon, son cercueil était recouvert d’un drap de velours bleu sur lequel était brodé la fameuse devise.

« Unus pro omnibus, omnes pro uno »

Plus tard, au cours de mon cursus en classe préparatoire, j’ai appris que la devise authentique était celle issue de la locution latine « Unus pro omnibus, omnes pro uno » soit « Un pour tous, tous pour un » mais cela n’a pas changé grand-chose pour moi. L’essentiel était dit, quel que soit l’ordre des mots. Mais c’est bien dans les termes latins que les Suisses ont choisi de reprendre cette devise pour illustrer leur confédération allant jusqu’à l’inscrire dans la coupole du Palais fédéral à Berne. [2]

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 Source : photo Palais fédéral Desiebenthal

Il est vrai que tout est dit ou presque dans ces quelques mots et qui illustrent parfaitement des valeurs qui me sont chères telles que la solidarité, l’engagement, l’unité, l’intelligence collective, etc…

« Un pour tous, tous pour un » ou « Tous pour un, un pour tous » peut aussi se décliner sous la forme du proverbe « L’Union fait la force » que l’on peut trouver un peu partout, dans des constitutions, sur des pièces de monnaie, des drapeaux, des écrits populaires, etc….

« L’Union fait la force »

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Source : Cabinet des médailles n° BN 3905 – Pièce de 5 francs en argent, première république An V (1796), première émission du Franc, graveur Augustin Dupré, type « Union et Force »

Comme le dit le proverbe : « L’union fait la force ». Ces quelques mots ont non seulement été traduits dans de très nombreuses langues mais ont été également utilisés comme devise pour de très nombreux pays. Pour n’en citer que quelques-uns, en partant des plus proches de nous : la Belgique, la Principauté d’Andorre mais encore l’Angola, la Bolivie, la Bulgarie, le peuple acadien, etc… En outre, elle est apparue récemment sur les armes de la république d’Haïti. Enfin, pour les initiés, on la retrouve également dans certaines loges maçonniques.

Ce proverbe trouve ses origines dans les écrits les plus anciens. Ainsi, il est cité en une manière légèrement amendée, traduction oblige, dans une fable d’Esope[3] intitulée Les enfants désunis du laboureur : « Eh bien ! dit le père, vous aussi, mes enfants, si vous restez unis, vous serez invincibles à vos ennemis ; mais si vous êtes divisés, vous serez faciles à vaincre. ». Cette fable a été reprise par Jean de La Fontaine[4] dans Le vieillard et ses fils : « Toute puissance est faible, à moins que d’être unie : Ecoutez là-dessus l’esclave de Phrygie[5] ».

Si on lit le texte d’Esope dans son ensemble, grâce à la métaphore du fagot de bois qui est incassable, alors que chacune des brindilles qui le constituent le sont, montre que l’union fait la force. N’est-ce pas là, la clef de toute réussite collégiale ? Et pourtant !

Autrement dit autant l’union fait la force, autant la discorde affaiblit et de ce fait est facile à vaincre. Chacun d’entre nous peut citer des exemples personnels ou pris dans l’histoire ou l’actualité politique, économique, qui en sont la parfaite illustration.

« Unie dans la diversité »

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 ©ma.staricky

En partant de ce proverbe, il n’y a pas loin à penser à l’Europe et à la devise qui devait être officiellement la sienne et qui, pourtant, comme nous le verrons ne le fût jamais : « Unie dans la diversité ». Apparue en 2000, et bien que selon moi, illustrant parfaitement les fondements de l’Europe, en particulier ce pour quoi, l’Union européenne a été créée et qui peut se résumer en une phrase : œuvrer pour la paix et la prospérité tout en respectant et en s’enrichissant de diverses cultures, traditions et langues.

Cette devise a été intégrée en 2004 au traité de Rome à l’article I-8 qui énonce les symboles de l’Union européenne. [6] Péripétie de la démocratie, cette phrase bien que chargée de sens ne fut jamais officialisée, le traité n’ayant pas été ratifié suite aux résultats des referendum et elle ne fut pas reprise dans le traité de Lisbonne[7]. Comme quoi les devises que nous venons de voir, à commencer par « un pour tous, tous pour un » pour finir plus proche de nous par ce qui avait été pensé comme devise pour l’Union européenne, montre bien que la mise en œuvre, les actions d’une union, d’un ensemble d’individus de quelle que nature que ce soit est bien plus difficile et complexe que la théorie peut le laisser présupposer.

Et pourtant …si on s’attache à l’orthographe, dans la proposition de devise, il est écrit uniE et non uniS, l’Europe et en particulier l’Union européenne est une union d’états membres désunis d’où la difficulté. On retrouve alors les petites brindilles d’Esope bien fragiles et qui peuvent facilement être détruites. Le constat actuel est alarmant, après le Brexit, le Royaume-Uni quittant le fagot pour filer la métaphore, il risque d’être suivi par d’autres brindilles … l’Italie, par exemple, et le fagot sera encore moins fort. Mais revenons à mon expérience.

Comment me suis-je appropriée : « Un pour tous, tous pour un » et ses versions dérivées et en quoi ont-elles influencé mes actions, mon engagement, ma vision du monde ?

Personnellement, j’ai expérimenté sous différente forme et à ma manière « Un pour tous, tous pour un ». Dans le cadre de la musique, quand je faisais partie d’un orchestre de chambre, un ensemble musical où chaque groupe d’instruments joue sa partition unique pour que, tous, c’est-à-dire l’ensemble forme la partition collégiale qu’est la composition musicale qui est interprétée.

C’est ensuite dans mon implication en tant que bénévole que j’ai concrétisé cette notion. Le bénévolat en est selon moi la parfaite illustration. Un bénévole quelle que soit son activité au sein d’une association agit avec et/ou pour les autres. En ce qui me concerne, je le pratique non seulement en tant qu’hospitalière bénévole au service des malades dans le cadre de pèlerinages mais aussi dans le cadre de mon engagement politique.

En outre, j’ai travaillé pendant une dizaine d’années au sein de deux think-tank progressistes, cette expérience m’a permis d’élargir le champ des possibles du fameux « Un pour tous, tous pour un ». En effet, c’est bien longtemps avant le récent colloque consacré au progressisme organisé conjointement par la Fondation Jean Jaurès, la Fondapol et la République en Marche que j’ai pris conscience que la culture et la politique progressistes sont selon moi un bel exemple de l’intelligence collective, de la mise en commun des idées, de travail participatif, de force de propositions.

En effet, je suis intimement persuadée que tout processus collaboratif, tout projet, ou défi est plus facile à réaliser s’il y a unité sur le fond, sur les moyens à mettre en œuvre pour y arriver. N’a-t-on pas depuis tout temps créé des associations ? Il faut être solidaire et ne faire qu’un. Le fameux « ensemble ». Mais attention aux dérives et aux limites. Il ne faut pas tomber dans l’extrême c’est-à-dire limiter la réflexion ou l’intelligence collective en imposant des idées, des méthodes, il ne faut pas confondre faire ensemble pour atteindre un objectif et/ou se battre pour une cause en annihilant toute proposition individuelle, ce qui peut conduire à des dérives dont l’histoire n’est pas exempte d’exemples.

Aujourd’hui, forte de mes expériences personnelles, j’aimerais pouvoir élargir cet engagement politique et citoyen né de l’idée d’union, de solidarité, en lui donnant pourquoi pas une dimension plus large ? Je n’hésite pas à m’associer aux progressistes en affirmant que le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous, je suis persuadée que dans le cadre de l’Europe on peut adapter le fameux « un pour tous, tous pour un » en le déclinant à l’occasion des prochaines élections européennes autour d’un slogan qui pourrait être formulé ainsi : « Une Europe à la hauteur de tous les enjeux, mais proche de chaque citoyen ».

Marie-Agnès Staricky – 15.10.2018

Notes

[1] Alexandre Dumas (père) Les trois Mousquetaires, page 80, Editions Fellens & Dufour, 1849.

[2] Construit en 1902, le Palais fédéral est à la fois le siège du Conseil fédéral (gouvernement) et de l’Assemblée fédérale (parlement)

[3] (VIIème–Vième siècle avant J-C)

[4] (1621-1695)

[5] L’esclave de Phrygie n’est autre qu’Esope

[6] https://www.conseil-constitutionnel.fr/sites/default/files/as/root/bank_mm/dossiers_thematiques/referendum_2005/3tce.pdf

[7] Traité entré en vigueur en 2009

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