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Brève du Jour – Une ceinture, une route – Belt and Road Initiative (BRI) ou les nouvelles routes de la soie

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Brève du Jour – Les nouvelles routes de la soie

Une ceinture, une route – Belt and Road Initiative (BRI)

 

La semaine dernière s’est tenu le deuxième sommet de la Belt and Road Initiative (BRI) à Pékin (du 25 au 27 avril) qui a réuni pas moins de 37 chefs d’Etat et de Gouvernement et plus de 5 000 invités. Mais que sont exactement ces nouvelles routes de la soie dont les conséquences sont pour certains inestimables du point de vue économique et pour d’autres redoutées tant du point de vue de l’environnement que du piège de la dette.

Même si le président de la République n’a pas participé à cette rencontre, il ne s’agit pas d’un boycott puisque le ministre Jean-Yves Le Drian y a représenté la France. En effet, l’Europe délaissée par les Etats-Unis ne ferme pas la porte à la Chine tout en restant vigilante sur cette version routes de la soie 2.0 comme nous le verrons dans la suite de cette Brève du jour. Mais en quoi consiste donc cette initiative chinoise ? Quels sont ses objectifs ? Quels en sont les impacts ? Une mondialisation version chinoise ? C’est ce que nous tenterons de voir dans notre Brève du jour.

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Faisons tout d’abord un petit ou plutôt un grand saut dans le temps. Les routes de la soie ne sont pas nouvelles. En effet, elles sont certainement le plus ancien réseau de routes commerciales. Routes qui doivent leur nom à la marchandise, à l’époque, la plus précieuse car la plus chère qui y transitait. Rappelons qu’alors les Chinois étaient les seuls à connaître le secret de fabrication de la soie. Ce réseau s’étendait de l’Asie à l’Europe, en partant de la ville de Chang’an (aujourd’hui Xi’an) jusqu’à Antioche (anciennement la Syrie, aujourd’hui la Turquie).

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Les nouvelles routes de la soie ont vu le jour en septembre 2013. Nous pouvons dire sans hésiter que la Chine est un pays totalitaire qui a réussi économiquement, et son président veut aller encore plus loin en mettant en place une stratégie qui lui permettra non seulement de lutter contre l’encerclement des Etats-Unis mais aussi de sécuriser les routes de ses approvisionnements (pétrole, cuivre, fer, etc…). D’où cette initiative du président chinois Xi Jinping qui repose en réalité sur deux concepts : la Silk Road Economic Belt et la 21st Century Maritime Silk Road.

Il s’agit d’une route maritime reliant la Chine à l’Afrique de l’Est d’une part et à la Méditerranée d’autre part. Et de véritables corridors terrestres reliant la Chine à l’Europe, via l’Asie centrale et le Moyen-Orient.

Cette initiative officialisée en 2015 n’est pas seulement un investissement mais bel et bien un projet qui pourrait, à terme, devenir un nouveau cadre de référence dans la mondialisation. A ses débuts, 60 pays s’étaient ralliés au projet chinois, aujourd’hui ce sont 123 pays. Le 22 mars 2019, l’Italie a été le premier pays membre du G7 à rejoindre la BRI. Même si une majorité de pays européen semble réticente, la Grèce, le Portugal et la Hongrie ont d’ores et déjà accepté des prêts chinois.

La BRI est en fait, non seulement un système traditionnel d’alliances mais aussi un véritable projet d’infrastructures planétaires ; non sans risque pour les différents participants et l’environnement.

C’est avant tout un programme de prêts pour la réalisation des infrastructures nécessaires à ces nouvelles routes de la soie. Infrastructures financées par la Chine et principalement mis en œuvre par des entreprises chinoises. Les prêts chinois devant permettre, à des pays manquant de capitaux, de construire, ou d’agrandir tous types d’infrastructures (autoroutes, chemins de fer, ponts, oléoducs, etc…) les reliant à la Chine. En théorie, ce vaste marché est sensé bénéficier aux vendeurs comme aux acheteurs. En théorie, …

Trois ans après son lancement, ce concept a évolué : le nombre de pays a augmenté (60 à 123) ainsi que les secteurs. Initialement, les nouvelles routes de la soie ou la BRI concernaient les transports. Aujourd’hui, ce sont des projets beaucoup plus larges : énergie, télécommunications, parcs industriels, projets touristiques, douaniers et juridiques, etc…

Ainsi, en France, la BRI devrait passer par Marseille. En effet, les routes de la soie 2.0 c’est aussi le numérique. Aussi, en 2020, un câble sous-marin chinois appelé « Peace » (tout un programme) devrait relier Marseille à Gwadar au Pakistan. C’est d’ailleurs l’opérateur Orange qui a obtenu le marché pour installer la station d’arrivée au Pakistan.

Quelles sont ces nouvelles routes de la soie ?

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Source : Courrier international

Budget et financement

Ce vaste projet économique doit conduire la Chine à investir en dehors de ses frontières, avec des projets sur tous les continents partagés entre des lignes de transports terrestre ou maritime (cf. carte supra). A plan titanesque, budget titanesque puisque le coût total s’élèverait à mille milliards de dollars.

A cet effet, deux nouvelles banques ont été créées pour soutenir ce projet : la Banque de développement et la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB).

Pourtant tout n’est pas ni simple ni équitable. Comme nous le verrons, ce gigantesque « plan Marshall à la chinoise » n’est pas sans présenter quelques dangers liés à une vision opportuniste à court terme.

Impacts et limites

En effet, la Chine protège avant tout ses intérêts. Et force est de constater que c’est bien la Chine qui a la maîtrise des projets dont elle assure directement le pilotage.

En outre, pour trancher les éventuels (ou inévitables) conflits, la Chine a instauré trois cours d’arbitrage (à Pékin) qui sont sous la tutelle de la Cour suprême chinoise.

Par ailleurs, très concrètement, à ce jour, les trains qui arrivent en Europe sont bondés de marchandises mais ils le sont beaucoup moins dans l’autre sens.

Face à cette menace de mondialisation « made in China », l’Union européenne a préparé une riposte en élaborant une feuille de route recensant les projets prioritaires.

A l’exception de l’Italie, les pays européens n’ont pas cautionné ce projet. Mais, la plus grosse difficulté ne vient pas de l’Europe mais bien des Etats-Unis en pleine bataille commerciale avec la Chine, où se mêlent pressions, interdictions, augmentation des tarifs douaniers, et autres jeux de pouvoir.

A ces difficultés, s’ajoutent celles que la Chine commence également à rencontrer avec des pays voisins.

De son côté, l’Inde a lancé un contre-projet intitulé « la route de la liberté ». Celui-ci s’appuie sur des routes maritimes moins onéreuses et davantage orientées vers le développement durable. Des paramètres qui ne font pas partie du projet chinois.

Les routes de la soie ou la spirale de l’endettement ?

En outre, ce projet est soupçonné par de nombreux économistes, d’être avant tout un moyen pour la Chine de déverser ses excédents sur des pays pauvres, invités à s’endetter auprès des banques chinoises pour construire des infrastructures parfois inutiles.

C’est ainsi que le Sri-Lanka, ne pouvant faire face à ses dettes envers la Chine, lui a cédé le port de Hambantok. D’autres pays sont d’ores et déjà tellement endettés qu’ils se retrouvent pris au piège des prêts chinois.

C’est pourquoi, le Fonds Monétaire International (FMI) a tiré le signal d’alarme, notamment avec le Pakistan et d’autres pays fragiles financièrement qui ne pourraient survivre à la spirale de l’endettement. Sa directrice générale, Christine Lagarde, souhaite que « les Routes de la Soie ne conduisent que là où c’est nécessaire » et qu’elles soient « vertes, faibles en carbone et durables pour le climat ».

Une opportunité financière probable et une menace pour l’environnement certaine

Les experts de l’environnement se sont exprimés dans une tribune publiée par Nature Sustainability [1]dans laquelle ils n’ont pas hésité à affirmer que ces nouvelles routes de la soie représentaient une véritable menace pour la biodiversité (fragmentation de l’habitat, pollution chimique, sonore et lumineuse). Ainsi en mai 2017, selon le Fond Mondial pour la Nature (WWF) le tracé des routes traverse le territoire de 265 espèces menacées (81 en danger et 39 en danger critique d’extinction).

Ajoutons à cela, les quantités gigantesques de matériaux et d’énergie nécessaires à la réalisation de ce projet et la production importante de gaz à effet de serre résultant d’une énorme fabrication de ciment et de béton. Pas sûr que l’impact environnemental ait été pris en compte dans le projet chinois.

Enfin, l’avenir nous dira si ces nouvelles routes de la soie sont des routes à sens unique ou à double sens.

[1] https://www.nature.com/natsustain/

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Bonus

http://www.lejournalinternational.info/chine-ue-la-nouvelle-route-de-la-soie/

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/routes-de-la-soie-lagarde-insiste-sur-l-ecologie-et-la-dette-20190425

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/decryptage/les-nouvelles-routes-de-la-soie-le-projet-au-service-de-l-hegemonie-chinoise-20190326

https://trends.levif.be/economie/politique-economique/routes-de-la-soie-pekin-tisse-sa-toile-et-deroule-le-tapis-rouge/article-normal-1126335.html?cookie_check=1556177495

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/04/18/la-chine-cherche-un-second-souffle-pour-ses-routes-de-la-soie-en-afrique_5452210_3212.html

https://www.fondation-res-publica.org/Que-contient-precisement-le-programme-Une-ceinture-une-route-Quelle-est-l-ambition-politique-de-Xi-Jinping-a-travers-ce_a1140.html

https://www.usinenouvelle.com/editorial/avec-les-nouvelles-routes-de-la-soie-la-mondialisation-version-chinoise.N774024

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/03/23/malgre-l-inquietude-de-bruxelles-l-italie-rejoint-les-nouvelles-routes-de-la-soie-de-pekin_5440367_3234.html

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/01/25/francoise-nicolas-la-chine-affirme-l-evidence-de-sa-place-au-centre-du-monde_5414746_3232.html

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