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Tout ce qu’il faut savoir – De l’utilité des Corps intermédiaires (2/3)

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De l’utilité des Corps intermédiaires (2/3)

La semaine dernière, nous avons rappelé l’origine des Corps intermédiaires, et leur composition. Aujourd’hui, nous nous attarderons sur leur rôle à notre époque, l’impact des syndicats aujourd’hui en France et comment le mouvement des « Gilets Jaunes » est un contre-modèle des Corps intermédiaires. Puis, nous conclurons cette deuxième partie, avec l’avenir de ces corps intermédiaires.

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A notre époque, qu’entend-on par Corps intermédiaires ?

Pierre Rosanvallon[1] (historien, sociologue, ancien conseiller de la CFDT) définit les Corps intermédiaires comme des « institutions de l’interaction ».

Certains sociologues quant à eux les regroupent sous trois catégories principales :

  • Les organisations politico-sociales : les partis politiques, les syndicats, le patronat, les collectivités territoriales, etc…
  • Les organisations professionnelles sectorielles : les chambres de commerce, de l’agriculture, l’ordre des Avocats, des Médecins, le Conseil supérieur du Notariat, etc…
  • Les associations : religieuses, les ONG, les think-tank, les groupes de pression, les lobbies, etc…
  • D’autres y ajoutent une quatrième catégorie : les journalistes.

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Quels sont leurs rôles ?

En première analyse, ce sont des relais entre gouvernés et gouvernants.

Prenons l’exemple des syndicats ouvriers en France.

On observe l’existence de syndicats dits corporatistes (certains syndicats de pilotes de compagnie aérienne, de contrôleurs aériens, …). En ce cas, ils ne représentent que les intérêts catégoriels de leurs mandants face à leur employeur direct.

Mais les plus influentes sont des confédérations de syndicats (CFDT, CGT, FO,…) Chaque syndicat de base y tient le même rôle qu’un syndicat corporatiste dans le cadre du dialogue avec ses employeurs directs mais, en appartenant à une fédération, cela l’oblige à réfléchir à des questions transverses. Ainsi, la fédération des transports va se questionner sur la place du transport routier, ferroviaire, aérien, maritime, sur leur utilité sociale, leurs interactions, leur devenir. La fédération aura à négocier non seulement avec les partenaires sociaux du secteur mais aussi avec l’Etat et devra tenir compte des accords internationaux qui régissent ces modes de transport et bien sûr définir ce qui lui semble juste socialement en matière de mobilité. En appartenant à une confédération, chaque syndicat aura enfin à prendre conscience des besoins des autres secteurs de l’économie ou du social, des priorités à mettre en œuvre pour répondre aux besoins d’une nation.

Dans ce cadre, certaines de ces confédérations définiront une orientation dite réformiste dans une perspective de co-construction, d’autres prendront un cap plus politique et conflictuel en privilégiant une structuration plus sociale en opposition à l’économie de marché.

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Impacts du syndicalisme français

Le taux de syndicalisation en France est de 11,9 % avec plus de syndiqués dans le secteur public. Certes, ce taux est le plus faible de tous les grands pays européens. Ainsi, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie, ces taux sont respectivement de 17 %, 23,7 % et 34,4 %. Si le chiffre est faible, leur poids n’est pas pour autant faible. En effet, le nombre de personnes syndiquées est nettement supérieur au nombre d’adhérents de tous partis politiques confondus.[2]

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Sources : études Dares octobre 2018

De plus, les grandes confédérations syndicales françaises, de par leur organisation, assument pleinement leur rôle de Corps intermédiaires en affrontant la diversité et la complexité toujours plus grandes du monde qui les entoure. Et pour y parvenir, elles ont développé des outils de formation en direction de tous leurs responsables syndicaux qui, par les connaissances acquises sur le monde du travail, son environnement et ses contraintes, en font des interlocuteurs crédibles et responsables. Elles ont aussi développé des services de conseil, de soutien et d’assistance technique et juridique pour ne pas laisser ses acteurs de terrain démunis.

Bien entendu, leur champ d’action rencontre des limites à commencer par celles imposées par le monde politique qui ne reconnaît guère la légitimité des Corps intermédiaires dans la mesure où ce dernier estime que le vote des électeurs est souverain.

Ainsi, les gouvernements successifs depuis quelques décennies soit se méfient ou essayent de se passer des Corps intermédiaires.

On accuse parfois les syndicats de ralentir les évolutions sociales et les réformes nécessaires à l’entreprise ou à notre pays. Mais cela tient moins d’une attitude conservatrice qu’au fait qu’ils n’ont pas voix au conseil d’administration des entreprises pas plus qu’ils ne sont associés aux grandes décisions économiques comme cela se fait dans les pays nordiques. Lorsqu’ils travaillent en société coopérative de production, les salariés se montrent pourtant à même de gérer les nécessités de l’entreprise et à trouver les moyens d’y répondre et de pérenniser leur activité.

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Les « Gilets jaunes » ou le contre-exemple de ce modèle

En partant d’aspirations et de revendications tout à fait légitimes, les invisibles ont d’emblée refusé de s’engager dans tout dialogue en posant la satisfaction de leurs demandes comme non négociables au motif qu’elles relevaient de la justice sociale et d’un droit fondamental de dignité humaine.

Ce faisant, en s’engageant dans une confrontation totale (dégage Macron ! dégage le système !) et en ne désignant pas de responsables porteurs de leurs demandes, ce mouvement a engendré involontairement une dérive violente qui a mené au chaos et à l’impression d’un immense gâchis.

A posteriori, on peut imputer cet échec collectif au fait que les chômeurs, comme les personnes vivant sous le seuil de pauvreté ou les retraités, n’ont pas de structure de représentation collective qui leur permette de s’exprimer et s’organiser par eux-mêmes et que leurs intérêts sont défendus indirectement par les syndicats dont le rôle premier est la défense des salariés et non celle des exclus.

Sphère Avenir

Quel avenir pour les corps intermédiaires ?

L’humanité est à un tournant de son histoire avec sa survie comme enjeu.

Pour cela elle a des défis majeurs à relever :

  • le réchauffement climatique avec son corollaire, la maîtrise des rejets de gaz à effet de serre ;
  • la gestion des catastrophes naturelles induites par ce réchauffement avec la montée du niveau de la mer et l’augmentation de la fréquence des phénomènes extrêmes. Des millions de personnes vont souffrir d’inondations, de submersions côtières ou de sécheresses à répétition, de destruction de leurs habitats ou zones nourricières les obligeant à quitter leur lieu de vie ;
  • l’épuisement des ressources naturelles par surexploitation ;
  • l’appauvrissement de la biodiversité avec la disparition rapide de milliers d’espèces animales et végétales ;
  • l’intoxication généralisée de l’environnement terrestre par produits chimiques, métaux lourds, plastiques affectant sols, rivières, océans, nappes phréatiques, chaîne alimentaire et faisant déjà peser une menace sur les ressources en eau potable.

Les perspectives sont sombres pour notre humanité et ce, sur un temps très court, de l’ordre d’un siècle.

La jeunesse mondiale d’aujourd’hui a bien pris conscience qu’elle sera la première victime si nous n’agissons pas immédiatement et de manière forte et généralisée.

Cela nécessite de remettre en cause le modèle productiviste de biens de consommation sous lequel nous vivons – engendrant un énorme gaspillage – et  en premier lieu le PIB (Produit intérieur brut) instrument de mesure qui détermine la richesse d’un pays uniquement en fonction de sa production de biens sans tenir compte de son impact écologique et de son utilité sociale.

L’écosystème planétaire est un bien de l’humanité. Il appartient à tous, et chacun est responsable de sa conservation. Et il semble bien que cette prise de conscience ait eu lieu quand on observe le résultat du parti écologiste en France aux élections européennes.

Enfin, après avoir établi un diagnostic, la semaine prochaine nous conclurons cette chronique avec quelques propositions d’évolution des Corps intermédiaires sans oublier, comme nous le faisons régulièrement de voir comment cela se passe en Europe.

Notes

[1] https://www.college-de-france.fr/site/pierre-rosanvallon/course-2001-2002.htm

[2] http://www.clesdusocial.com/representativite-des-organisations-syndicales-tous-secteurs-confondus

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Bonus

https://www.vie-publique.fr/actualite/dossier/syndicats-associations/corps-intermediaires-quoi-servent-ils.html

http://www.lefigaro.fr/social/2018/12/10/20011-20181210ARTFIG00225-gilets-jaunes-macron-aurait-reconnu-avoir-neglige-les-corps-intermediaires.php

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2019/03/22/31002-20190322ARTFIG00186-les-gilets-jaunes-premiere-revolte-d-une-societe-o-les-corps-intermediaires-ont-disparu.php

https://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-president-doit-s-appuyer-sur-les-corps-intermediaires_2052998.html

https://www.polytechnique.edu/fr/content/le-mouvement-des-gilets-jaunes-passe-au-crible-par-des-chercheurs-de-lx

https://www.journaldunet.fr/management/guide-du-management/1201171-les-syndicats-quel-est-leur-role-en-france/

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